dimanche 11 janvier 2009

BOMBAY !

Vendredi 9 jan,
Aeroport International de Nairobi.
Ca y est, ca commence... Premier contact avec les Indiens... Et ca promet d'etre sportif en Inde. Ca gueule dans tous les sens car certains pretendent que d'autres leur ont passe devant.. Je me faufile et tout cela ne prendra finalement pas trop de temps.
Je pars avec Air India, donc inevitablement je me retrouve avec 99.99% d'indiens a bord, je suis le seul blanc avec un couple de vieux anglais.

Tous ces Indiens sont des musulmans, d'une branche particuliere, et sont venus en pelerinage a Mombasa, bastion musulman du Kenya. Les hommes sont habilles en grande jellaba blanche avec le petit chapeau typiquement musulman, les femmes sont habillees dans de droles tenues, a mi chemin entre le sari indien et les voiles musulmans.. On dirait de petits lutins !
J'en avais vu effectivement plein a Mombasa, et meme a l'hotel Neptune, avec ma famille.

Nous avons 2 heures de retard pour le decollage, mais c'est apparemment (encore) une raison africaine. "African Time, Hakuna Matatta" !
Au passage, sur la route pour l'aeroport, j'ai enfin vu Nairobi sous un autre jour, peut-etre le vrai, avec son lot de bidonvilles a l'africaine, ses tonnes de dechets dans les rues, ses trottoirs defonces et ensables et tous ces petits baraquements en bois, tole et plastique en guise d'echoppe et d'etal pour vendre toutes sortes de choses ! Le centre de Nairobi et le quartier pourtant populaire ou etait mon hotel n'etaient que la partie emergee de l'iceberg ! Me voila rassure !

L'avion est un peu vieux, je stresse comme toujours au decollage, puis nous atteignons les hautes couches atmospheriques. Beaucoup de perturbations, un saignement intensif du nez (du a l'air tres sec auquel je ne suis plus habitue) et exactement 6h plus tard, comme prevu sur le billet, nous arrivons a Bombay (Mumbai).
Mon pere m'avait prevenu, juste avant l'aterrissage, nous survolons une marre de bidonvilles que j'ai pu distinguer, meme de nuit. Les faibles lumieres des "rues" de ces cites poubelles decoupaient les formes des cabanes en tole ondulee et donnaient une idee du relief sur lequel elles sont ancrees. Des vallons entiers de bidonvilles. De nuit, c'etait completement irreel et je trouvait ce panorama meme beau, tout droit sorti de ce poignant dessin anime japonais sur la fin de la guerre : "le tombeau des lucioles".
Le plus frappant, comme mon pere me l'avait dit, les bidonvilles debordent presque sur la piste d'aterrissage... Incroyable...

Il y a 5h30 de plus par rapport au temps 0, donc 4h30 de plus qu'en France si je ne me trompe pas.

Le debarquement se fait vite. Je remarque des petits ventilateurs un rien uses dans la navette qui nous amene a l'aeroport. Si seulement ils avaient ca en Afrique...! Il ne fait pas tres chaud car c'est la nuit. La temperature avoisine les 24 degres. Et je retrouve avec grand bonheur cet air humide que j'apprecie maintenant. Le passage a l'immigration est hallucinant... Il doit enormement de monde, un flux continu de personnes, beaucoup d'indiens, surtout tres occidentalises, et aussi beaucoup beaucoup de touristes blancs, espece dont j'avais presque fini par oublier l'existence tellement elle etait absente de l'Afrique. L'Inde a l'air d'attirer deliberement plus.
Mais ce qu'il y de plus etonnant, c'est le nombre de petites cabines ou se trouvent les officiers pour accepter (ou pas!) l'entree des passagers sur le territoire indien. Il doit bien en avoir une quarantaine, et chacune d'entre elles abrite deux officiers... Imaginez le debit de touristes a la seconde qui entre en Inde, meme a minuit, c'est pas genant ! On n'attend pas, on ne fait juste que deambuler entre des piquets qui nous emmene a la ligne jaune fatidique.
Un officier plus antipathique que jamais me prend mon passeport. En deux secondes c'est plie et je me retrouve de l'autre cote, en INDE !!

Le reste va encore plus vite. J'ai a peine le temps d'arriver a la salle de recuperation des bagages que je vois deja le mien sur le tapis roulant. Je ne me fais pas arreter pour faire ultravioler mon sac par des rayons X. Je me dirige vers les "prepaid taxis", meilleur moyen de ne pas se faire arnaquer et de rejoindre son hotel dans les meilleurs delais. Bizarrement, je suis tres zen et confiant, bien que je n'ai pas d'adresses ou aller, juste quelques noms d'hotels a Colaba, LE quartier touristique de Bombay. Mes seules prospections et coups de fil depuis le Kenya s'etaient soldees par un echec donc je m'etais dit "advienne que pourra, c'est ca aussi l'aventure" !

Je ne trouve pas le soit-disant bureau ou l'on peut reserver son hotel comme je l'avais lu sur les forums d'internautes. Je me mets dans la queue pour les prepaid taxis, un peu machinalement, car la je commence vraiment a me demander ce que je vais faire !

Par pur hasard se trouve une fille a cote de moi qui tient dans sa main l'imprime de sa confirmation de nuit dans un hotel. Je me souviens de ce nom d'hotel, c'est a Colaba, je tente ma chance.

"Excusez-moi, allez-vous a Colaba ? Cela vous dirait que nous partagions le taxi pour y aller ?"
Elle s'appelle Mirren, est americaine, et accepte le deal !
Nous payons et nous dirigeons avec notre bon vers l'exterieur pour trouver notre taxi.

La sortie de l'aeroport est dentesque, quelle foule !!! L'air est sature de pollution et de poussiere, il y a plein de gens qui semblent n'attendre que nous, ils ne sont pas noirs, oui je suis bien en Inde et je suis heureux !

Les inattendus indiens ne tardent pas a se faire entendre. Nous devons identifier notre taxi a l'aide de son numero d'immatriculation que l'on nous a remis au bureau. Mais pas de 8061... Nous devons rentrer a nouveau dans l'aeroport, ce qui est pourtant interdit, pour demander un autre numero de taxi. A chaque fois que nous repassons devant la foule, les gens sont intrigues et certains commencent a trouver notre manege un rien amusant ! Tout cela devant des gardes armes jusqu'au dents...
Moi, je ne peux m'empecher de citer une phrase de "La cite de la peur" : "Oui Jean, alors que revoila la sous-prefete" et nous rions de bon coeur avec Mirren. Une sorte de tapis rouge rien que pour nous !

Au bout d'une heure d'attente (tiens, ca me rappelle quelque part...!) nous trouvons finalement notre taxi et nous embarquons pour la jungle urbaine indienne. Notre chaffeur est un vieil indien enturbanne qui conduit le dos totalement detache de son dossier, ce qui donne l'impression qu'il se cramponne a son volant. A plusieurs moments j'ai meme cru qu'il s'y etait endormi, tellement le trajet etait long, et surement monotone pour lui.

La route de nuit pour Colaba est impressionnante..
Personne sur les larges routes ; les infrastructures indiennes sont a la hauteur de ce que doit etre le traffic en pleine journee : gigantesques.
Personne dans la rue, excepte... les fameux intouchables qui dorment a meme le sol. Ca commence a etre trash. Il y en a un dont le torse est decouvert de sa couverture. Son ultime maigreur me fait penser a celle que l'on trouvait dans les camps de concentration. Je me suis meme demande s'il n'etait pas mort. Plus loin, c'est un homme qui semble uriner a demi-nu, accroupi devant une bouche d'egout, une ecuelle a la main. Et tous ces corps, emitoulfes de couvertures de misere, m'apparaissent telles des momies petrifies de salete. C'est irreel, les emotions et idees sont desordonnees dans ma tete... A ce moment la, nous ne parlons plus avec Mirren.

Un peu plus loin encore, c'est un chien errant (ils sont en nombre ici) qui semble avoir decide de ne pas se pousser malgre notre approche. Ses yeux refletent les phares de notre taxi ce qui leur donne cet aspect jaune luisant bizarre. Arrives a sa hauteur, le chien se met en position de guerre, montre les crocs, se met a aboyer comme un enrage et charge la voiture en galopant a nos cotes sur des dizaines de metres... Je suis de ce cote, c'est terrifiant !

La ville est d'une immensite... C'est a peine croyable. Pour vous dire, il n'y a aucune circulation, le chauffeur ne s'arretera pas une seule fois, chien ou feu rouge, et nous mettrons pourtant une longue demi-heure pour rejoindre l'hotel ou Mirren avait reserve une nuit pour hier (son avion a ete annule et reporte un jour plus tard).
La grille est fermee mais pas verrouillee. Un couinement se fait entendre, mais ne reveille pas le garde qui dort, etendu sur trois chaises en plastique, barrant ainsi l'entree dans l'hotel.
Nous reveillons tout le personnel present, mais, deuxieme inattendu, ils n'ont pas garde sa chambre... et il n'y a aucune autre chambre de libre.

La nous commencons legerement a nous inquieter... Le quartier est desert, sombre, sale. Il est 2h du mat', des chiens errants partout et personne, absolument personne dans les rues... Ou est le milliard et demi d'Indien, ou se cache-t-il ?

Quelques tentatives echouees nous amenent finalement dans un hotel assez cher, mais qu'importe, nous sommes trop soulages de trouver une chambre libre, meme si il n'y a qu'un lit double.

Nous sommes tous les deux tres heureux de s'etre trouves a l'aeroport... Je n'aurai sans doute pas fait cela tout seul, Mirren non plus !

Encore un gros saignement de nez qui m'a reveille pendant la nuit et les bruits de l'hotel nous reveillerons quelques heures plus tard.

Objectif : trouver un hotel a la mesure de notre budget.

Samedi 10 janvier
Le reveil est fatal pour moi, enchainant les courtes nuits ! Nous ne nous sommes endormis qu'a 4h30 du matin, trop excites, nerveux et decalles pour pouvoir nous endormir avant. La chambre n'avait pas de fenetre, glauque.

Le petit dejeuner signe definitivement la realite du pays ou je me trouve : une omelette avec plein de petits truc dedans. Charmant, c'est colore, ca sent bon... Les petits trucs sont des petits poivrons verts tres tres tres epices.... Je croque dans l'un d'entre eux... J'entame une jolie chanson faite de cris, de respirations, de rires, de rales... Effet piment garanti !

Je laisse a regrets la presque totalite de l'omelette, degoute de ne pas pouvoir en profiter et me rabat rageusement sur les toasts a la confiture. Ca ne nourrit pas son homme. Bref, nous verrons cela plus tard, il est urgent de trouver une chambre a la mesure de notre budget, c'est-a-dire dans les 600 roupies, meilleur prix ici a Colaba.
Le garcon de chambre vient chercher nos plateaux et Mirren lui donne un pourboire de 2 roupies. Le serveur semble refuser et Mirren interprete cela comme etant la politesse a un pourboire trop important. Elle lui dit "Je suis desole mais je n'ai pas plus petit"...
De mon cote, ayant suivi l'affaire d'une oreille distraite, je pense qu'au contraire, le serveur ne veut pas de ces 2 roupies qui ne representent rien. Je crois meme l'entendre dire que c'est ce que l'on donne aux enfants qui mandient dans la rue... Mais je n'etais sur de rien n'ayant pas ete l'acteur de cette discussion. Le serveur part.
Apres la mise en commun de nos differentes interpretations du probleme, le cocasse de la situation vire au comique et nous explosons de rire. J'avais raison : 2 roupies, c'est rien ! Nous apprenons par notre guide Lonely Planet, notre sauveur, qu'un tip pour les garcons de chambres dans cette categorie d'hotel avoisine les 20 roupies ! Je charie gentiment Mirren, tout en n'oubliant pas une de mes experiences de marchandage tout aussi risible...

(Ok, je suis oblige de raconter !
Nairobi, Kenya, tentative d'achat d'un guide de voyage sur l'Inde.
Malheureusement, le guide que me propose la Mama n'est pas un Lonely Planet et j'en veux absolument un, car c'est la reference pour tout routard de passage en Inde. Du coup, je me mets a marchander, car si je l'achete, cela ne sera certainement pas au prix indique. Je commence mon marchandage. "Okay Bibi (Madame en swahili), je te le prends a 20 000..." Elle me regarde avec des yeux presque exorbites. "ca y est, me dis-je, j'ai encore propose un prix vraiment trop bas et elle va commencer a me faire son cinema comme ils le font tous dans ces cas-la"...
Mais je n'y suis pas du tout ! Tout pret a ecouter ses jeremiades qui n'ont d'autre but que de me faire augmenter le prix - et de me faire rire - je la vois me regarder d'air un peu desole pour moi et l'entend me dire "mais, ce n'est pas 20 000 que tu dois dire, mais 2000".... ! ! ! (le prix original etant de 2400). Je pouffe de rire, mais un peu jaune car je vis un petit moment de solitude... On aurait dit un debutant ! Mais la Mama est toujours la, serieuse, attendant une nouvelle offre, raisonnable cette fois-ci, de ma part ! Finalement, je ne l'acheterai pas car je n'ai vraiment pas pu faire significativement baisser le prix, celui-ci etant fixe car nous etions dans une belle librairie. Et puis je veux toujours mon LP, Lonely Planet, mon premier !)

Les rabatteurs ne semblent ici pas trop differents de ceux de l'Afrique, a un point pres : ils sont nettement moins "friendly" et je trouve ca un peu moins drole et sympathique avec les Indiens... Ce n'est peut etre pas la generalite.
Ne trouvant pas chaussure a notre pied, nous nous posons dans un cafe typiquement touristique pour y manger... des pizzas ! Oui, je n'ai meme pas honte ! Que voulez-vous, c'est l'acculturation en douceur !

Quelques tentatives ulterieures auront eu raison de notre motivation et nous atterrissons dans un hotel dont l'exterieur est completement decrepit avec un potager cultivant vraisemblablement des dechets de toutes sortes et ou des travaux de grande renovation ont investi l'interieur. Qu'importe, mieux vaut sentir la peinture que les poubelles ! Et il est a 600 roupies. Soit 60 de nos anciens francs, soit 9 euros.

Et oui, je retrouve avec un bohneur emu le souvenir de nos francs pietines par l'euro-notre-sauveur ! Car le rapport entre roupies et francs et tres simple : 1 f = 10 Rs ! plus facile que 1 euro = 65 Rs... Du coup je converti tout en francs pour me donner une idee des prix ! Puis en euros, avant de payer... En roupies ! Complique ? Pas tant que ca, croyez moi !

La vie en Inde semble ne pas etre chere, indubitablement. Mais c'est assez piegeux et on a vite fait de depenser beaucoup tres vite. Tout est tentant. Je pense notamment a mes petites camarades de psycho, mes potes angevines, qui seraient completement hysteriques a la vision de tous les etals de bijoux : des tonnes de bijoux de toutes les sortes, de toutes les couleurs, fantaisie, tribal, chic, gros, petits, bracelets, colliers.... PLETHORE ! Mame et Juju, vous seriez au Paradis !

L'hotel est assez precaire pour le prix, les chambres sont en fait une meme et grande piece au rez de chaussee ou des separations en "planches-de-bois-qui-ne-montent-pas-jusqu'au-plafond" font leur travail approximatif de cloison... La salle de bains est commune et regroupe toilettes et douche, ou, comme en Afrique, le sol sert de grande vasque pour la douche, avec donc un regard pour l'ecoulement. Le sol est en carrelage. Resultat : c'est une permanente patinoire ultra-dangeureuse pour tout touriste y venant en tongs, pourtant indispensables pour ne pas tremper ses pieds dans un coktail bien cracra...
Et le petit dejeuner n'est pas inclus...

Le reste de la journee sera ponctuee d'une visite du quartier. Au programme, Hotel Taj Mahal (la ou se sont produits les attentats), inevitable de part son emplacement et sa taille monumetale, Gate of India, juste en face, petit tour dans la baie de Mumbai en bateau pendant une demi-heure (qui nous donne un apercu de la ligne d'horizon qu'offre Bombay aux marins : une suite de batiments et gratte-ciels en fondu enchaine entre la brume et la pollution. Tres romantique.), et leche-vitrine ou leche-etal dans Colaba en remontant plus dans le centre jusqu'aux batiments victoriens de style gothique, vestiges du passe colonial. Pas forcement beaux, mais massifs ! Bref, un joyeux depaysement ou nous prenons nos premiers veritables bains de foules indiens. Je me sens plutot a mon aise, oubliant malgre moi l'Afrique a une vitesse vertigineuse...