samedi 28 février 2009

Varanasi ou l'overdose indienne...

Varanasi, vue générale des ghats.


Varanasi aura marqué le premier coup de gueule contre les Indiens et une première over-dose du pays.

Une 'agression' verbale près du 'burning ghat' par un mec qui m'obligeait à faire une donation (ce à quoi je lui ai répondu qu'en général une donation était affranchie de toute obligation) m'aura plongé dans un état de vulnérabilité patent, ou plutôt cette agression aura fait voler en éclat la carapace que tout un chacun se fait quand il va en Inde. Du coup, j'avais le sentiment que j'étais à la portée de tous ces harceleurs, quémandeurs, quêteurs, et qu'ils ne voyaient que trop mon état de vulnérabilité...

Déjà le premier contact avec la ville était costaud. Je descendais du train et me dirigeais vers la sortie quand mon regard s'est fait accroché par l'image choquante d'une vieille dame toute frêle en train quêter sur les quais, les pieds et mains dans un état catastrophique (je pensais qu'ils avaient déjà gangrenné un peu), la main a peu près tendue dans un dernier élan de force, la tête s'affaissant un peu plus sur ses genoux en tailleur à chaque expiration... Son dernier soupir me semblait imminent et je n'ai pu soutenir mon regard plus longtemps dans sa direction, le flux de la foule me dirigeant vers la sortie... Quelle horreur, c'est l'image la plus dure que j'ai eu à souffrir ici en Inde.

On dit de Varanasi (anciennement Bénares) qu'elle est le berceau de l'humanité, la ville la plus vieille du monde. Elle est traversée par le Gange, le fleuve sacré des Indiens. C'est donc un lieu de pèlerinage très connu et visité.

La ville attire par conséquent de nombreux pèlerins et touristes étrangers, curieux de voir les scènes de vie et de purification sur les ghats ou pris dans un quête mystico-spirituelle qu'ils mettent au travail dans cette ville sainte.

Du coup, le tourisme attire également son lot de quémandeurs, vendeurs, arnaqueurs etc... et jamais ailleurs qu'ici je ne me suis senti à ce point envahi et harcelé de toute part. C'était très pénible, à tel point que j'en étais effrayé de sortir dans la rue et sur les ghats... Ma première vision des ghats (ces escaliers pourvus de grandes marches qui descendent et viennent mourir dans le Gange) était terrifiante et grandiose à la fois. Ma guest-house se situait en retrait du burning ghat, le ghat où se passaient les crémations ; crémations qui se font ici sur de simples bûchers et qui sont publiques. Les photos sont interdites, bien entendu, sauf si vous faites une petite donation, comme me l'assénait ce pauv'type, auquel cas vous aurez le droit d'aller partout et de prendre autant de photos que vous voulez. Pfff, 'holy site holy site' mon cul oui. Tout est bon et prétexte à se faire des tunes.
Il m'a complètement bloqué et paralysé, physiquement et psychologiquement. Il m'a forcé à subir une imposition des mains, une sorte de bénédiction faite par une p'tite vieille soit-disant infirmière toute branlante et repoussante, à moitié aveugle. Et bien sûr ensuite il voulait que je lui fasse une donation, encore et encore... J'ai finalement réussi à m'échapper de son emprise, tellement je bouillais intérieurement contre un con pareil et furieux contre moi-même de m'être laissé embobiné et apeuré comme ça... Alors que je m'éloignais de lui, il m'a lancé, dans un dernier espoir de se voir doté d'une donation ou de comforter son ascendant psychologique : "Something bad, really bad happen to you in India"...
Je ne suis bien sûr pas supersticieux mais il a quand même réussi à me foutre la trouille ce connard...

Heureusement, un belge rencontré dans le train, qui étais aussi à Agra en même temps que moi, sans que pour autant nous ayions eu l'opportunité d'y sympathiser, est venu me trouver à ma guest-house et nous avons passé pratiquement toute une journée ensemble, et je dois dire que cela a un peu 'sauvé' mon séjour ici à Varanasi... Merci Olivier !



Donc Varanasi ne me laissera pas un souvenir extra, même si c'est une ville absolument sidérante, pétrie de temples innombrables, de ruelles labyrinthiques (où je ne faisais que m'y perdre pendant des heures, tentant de retrouver mon chemin pour cette maudite guest-house), parcourue de vieux sadduhs, des sages avec qui l'on peut apparemment passer des heures à converser sur la vie, la religion etc..., baignée de beaucoup de couleurs encore, et emprise d'une circulation innommable dans la nouvelle ville où les piétons se retrouvaient parfois eux aussi coincés dans le traffic !!

OVER-DOSE !
Les nuages de pollution : STOP !
Les ruelles étroites dégueulasses avec les vaches, leurs bouses, les ordures et les odeurs : STOP !
Les coups de klaxon dans ces mêmes ruelles qui vrillent les tympans: STOP !
Les galères pour (re)trouver son chemin dans ce labyrinthe insondable : STOP !
Les crachas précédés de raclement de gorge immondes et les rots intempestifs pratiqués indifféremment par hommes et femmes : STOP !
Les chambres de merde à 100 Rs (10 balles) où je touche les 4 murs allongé sur un lit avec un matelas inexistant : STOP !
Les Indiens qui vous accostent perpétuellement tous les 20 cm pour tenter de vous vendre un massage (ils vous en font souvent une démo gratos sur vous mais sans votre consentement...), des cartes postales (souvent des gosses qui les vendent), des bijoux en tous genre, des "boat-trips", une course en rickshaw, du "haaaaasch", une chambre vraiment pas chère, un "resto-où-tous-les-plats-qu'ils-sont-bons", encore un massage, trois propositions de boat-trip en même temps, des bijoux..... Mais oh mon Dieu je n'ai marché que 10 mètres... AHHHHRGGG STOOOOOOOOOOOP . . .

Il faut que je parte, vite, très vite ou bien je vais devenir fou et un sale con à devenir un odieux touriste qui ne respecte pas les habitants du pays qu'il visite... Mais pour aller où ? J'ai déjà presque fini le parcours que je voulais faire en Inde alors qu'il me reste encore 3 semaines devant moi... Suis allé trop vite sans aucun doute. Et le résultat est que je suis fatigué, énervé, aigri, et à fleur de peau. Je veux aller à Calcutta, c'est encore un nom mythique pour moi, mais c'est peut-être pas une bonne idée sachant que c'est la ville la plus peuplée d'Inde (20 millions) et que ça doit être un sacré bordel... Et le Sud alors ? Parait que c'est plus soft que le Nord ? Oui mais c'est loin et long pour y aller... Ohhh, que faire ?

En tentant de m'échapper à tout prix et au plus vite de ce guêpier, j'ai trouvé sur internet un vol Calcutta-Chennai (Madras) à 1 roupie !!! Avec les taxes, cela me revenait à 30 €, ce qui était le même prix qu'un Calcutta-Chennai en train 'air conditionné' qui aurait mis 33h alors que l'avion en aura mis 2 !

Il suffisait de trouver un train pour Calcutta (nouveau nom Kolkata) mais impossible car ils étaient tous plein, cette ligne étant très touristique. C'était aussi sans compter les pannes de courant qui ne me facilitait pas la tâche pour trouver un moyen de déguerpir au plus vite. Varanasi s'acharne contre moi, je suis damné !
Tant pis, je vais être obligé de passer une nuit et une journée de plus ici.


Autres photos :

vue de ma guest-house.

vue sur le Gange.




Kolkata, le surlendemain après-midi.
Ouf, j'ai failli ne jamais arriver. A la gare de Varanasi hier soir, mon train avait du retard. J'ai rencontré un certain Julien qui lui voulait aller à Amristar, pointe Nord ouest de l'Inde, frontière avec le Pakistan. 24h de train, en sleeper heureusement. Seulement, son train avait 10h de retard quand moi je suis arrivé vers 18h à la gare... Il pétait les plombs... D'autant plus que toutes les heures, on lui disait que son train n'avait qu'une heure de retard... On lui a fait le coup 10 fois... Il devait partir à 8h du mat', il était 6h du soir... Et il commençât à se produire le même schéma pour moi. A 7h et des brouettes, le train n'est pas arrivé comme pourtant prévu et il est reporté une heure plus tard. A 8h toujours rien, prévu pour 9h etc....
Finalement Julien tout comme moi prendrons nos trains et nos retards respectifs et nous partirons chacun de notre côté.

J'arrive à Kolkata dans la chaleur de l'après-midi et je peux de nouveau sentir une bonne humidité que je n'avais plus connue depuis longtemps.
La gare est immense et je traverse encore ces scènes de personnes entassées et couchées sur le sol dont je commence à avoir l'habitude. Je me dirige vers la fleuve. En effet le quartier où je veux me rendre, de même que le centre de Calcutta se trouvent de l'autre côté et il faut traverser avec un 'ferry'. Je tenais à m'y rendre par mes propres moyens car prendre un taxi ou un rickshaw aurait été une solution économiquement pas routarde vu la longueur du trajet ; de plus, je me dis que prendre un ferry à Calcutta pour traverser la rivière peut être une bonne expérience de routard... ! Qu'est-ce que je n'avais pas dit... ! ! !

J'arrive le jour même où a lieu un énorme meeting communiste qui rassemble une foule immense qui déferle un peu partout dans les rues, la gare et ses abords, les pontons pour le ferry etc... véhiculant partout le célèbre drapeau rouge. "Vincent, est-ce une si bonne idée que cela le ferry ?"

Qu'à cela ne tienne, je n'écoute que mon esprit 'aventurier'. Je VEUX le faire, je LE ferais.
Je mets 20 minutes à trouver le guichet approprié pour acheter mon ticket à 4 Rs (40 centimes de francs) et me fait happer par le flux rouge que des grilles, qui servent à la régulation du mouvement, vomissent de manière discontinue en direction de la jetée... Je commence à comprendre ce dans quoi je me suis fourré et l'embarquement du précédent ferry que je vois sous mes yeux me place les choses bien en face...!
"tu vois un peu ce qui t'attend" semblent vouloir me dirent deux indiens qui me dévisagent délibérément et sans gêne alors que leurs visages arborent des rires narquois... Ils viennent pourtant me parler et me faire passer le sempiternel 'test-indien-pour-touriste' : "Where are you from", "what country", "what age", what's your name" ? etc etc...

Une fois répondu à toutes les questions, le touriste se voit gratifié d'un regard ou d'un sourire miéleux approbateur, comme si nous avions besoin de passer le test correctement et d'avoir le consentement de ces civils-qui-se-la-joue-policiers-qui-se-mêlent-de-tout pour pouvoir continuer notre route !
Sur quoi le ferry arrive. J'ai déjà eu le temps de bien transpirer à attendre 10 minutes au soleil et la perspective de finir encore plus trempé ne m'effraie pas le moins du monde. Ce qui me turlupine, c'est "bordel, comment je vais arriver à monter là-dedans"...! J'ai vu comment ça se passait avec le précédent ferry et je pourrai résumer la chose en deux mots : "à l'ABOOORDAAAGE" ! ! !

Quand il s'agit de prendre ou de trouver une place dans un transport public, les Indiens deviennent complètement hystériques et un comportement archaïque et bestial, que l'on pourrait dire synonyme de "spécialiste d'opérations commando", prends le relai de la conscience chez l'Indien tout venant. Une véritable ruée s'opère alors même que le ferry n'ait encore véritablement accosté. Celui-ci est littéralement pris d'assaut, les gens se jetent sur le pont, par dessus et au travers des barrières, grimpent, piétinnent, escaladent, s'accrochent à tout ce qu'ils trouvent pour monter à bord... Moi qui n'était pas en première ligne, je constate l'étendue de la chose, sentant la foule pousser derrière et autour de moi et commençant à légèrement paniquer... Mieux vaut éviter la claustrophobie.

J'empoigne du mieux que je peux mon gros sac à bout de bras car je me suis arnaché de mon petit sur le dos. La fin du quai est là, je la vois. Le ferry n'est pas pas complètement collé au ponton. C'est trop dangereux. La foule pousse toujours plus fort, mon champ de vision est envahi de gens qui sautent, des mains, de têtes, de cris, de corps bousculés-qui-se-bousculent, grimpent, et se marchent dessus... J'ai compris, je suis en temps de guerre et l'assaut vient d'être lancé...

Je n'ai même pas tant de peine que cela à porter mon sac qui est véhiculé par la foule en délire. Je pose un pied sur le bateau. Mais celui-ci par les mouvements de l'eau, se retire et je commence à sentir mes jambes faire le grand écart. J'ai un bras qui s'aggripe je-ne-sais-où tandis que l'autre est resté prisonnier de la foule qui ressert sa folle étreinte sur mon gros sac. Le bateau revient. Je saisis cette ultime opportunité pour rassembler mes forces. Je prends appui comme je le peux n'importe où, c'est-à-dire sur les gens qui m'entoure, et dans un dernier effort combiné qui m'arrache un cri - le cri féroce du combattant ! - je pousse sur mes jambes pour me hisser sur le bateau tout en m'agrippant d'un bras sur des gens et ramenant l'autre vers moi pour extraire les 18kg de mon sac à la foule compactée.

Je ne sais pas combien de personnes j'ai écrasées et il doit bien en avoir une bonne trentaine à l'eau, mais qu'importe ! Je suis sur le ferry, j'ai une place debout (un bout de 20 cm² tout tassé) et mes sacs avec moi. La scène à duré 10 secondes !

Calcutta, quelle introduction ! Le guide de voyage Lonely Planet disait qu'il fallait mieux éviter de prendre le ferry aux heures de pointes... J'ai compris ! Et en cas de meeting communiste ?!

Mon regard croise par hasard ceux des Indiens qui me narguaient sur le quai et je comprends maintenant pleinement le sens de ce dévisagement moqueur : "Ah regardez moi ce touriste, il est bien malin, il n'arrivera jamais à prendre le ferry ! S'il savait ce qui l'attend ! Haha ! On va bien rigoler !"
Là, leur regard était différent. Il semblait vouloir dire : "bravo mon gars, tu l'as fait, chapeau, on ne donnait pas cher de ta peau". Et nous hôchons simultanément la tête pour nous saluer et saluer notre succès dans l'abordage du ferry !!

Le reste de mon court séjour à Calcutta ne sera pas des plus excitants ! Une chambre vraiment pourrie dans un hotel tenu par des Indiens charmants, des restos un peu chers et mon premier KFC (autre grande chaîne de fast-food américain spécialisée dans le poulet), des travaux et beaucoup de poussière polluée et d'encombrements dans la rue de mon hôtel, et une "ballade" alentours pour le coup édifiante : le nombre de gens qui dorment et vivent sur les trottoirs, à deux pas du quartier réputé touristique, est hallucinant : parfois des trottoirs entiers sont pris en siège par ces malheureuses personnes. On ne peut plus y circuler. J'ai été très touché par tant de pauvreté et de véritable misère humaine. Bombay, sur des mêmes critères de comparaison, est beaucoup plus propre et moins pauvre.

Et je ne suis même pas allé dans les quartiers pauvres, sans parler des bidons-villes... J'ai aussi vu ces rickshaws humains, ou "pédo-rickshaws", ces hommes qui tractent en courant ou marchant, parfois pieds-nus, leurs clients dans ces espèces de charette décapotables....
Calcutta n'aura pas failli à l'image que je m'étais faite d'elle.

L'arrivée dans l'aéroport domestique aura été une vraie bouffée d'air frais dans tous les sens du terme : air conditionné, propreté et espace, calme (tout relatif)... Ahhhh, que c'est agréable d'avoir un moment de répis !

Mais que donc me réserve le Sud ?

Des News !

Oui Helo, tu as raison je suis bien a la bourre... Mon dieu, j'ai pris un mois de retard ? C'est pas possible...
Alors pour ratrapper un peu tout ca, voici trois articles sur 3 autres villes apres Jodhpur : Jaisalmer, Jaipur et Agra.
Il me restera encore a vous raconter deux etapes au nord (Varanasi et Calcutta) et puis le Sud ! J'y travaille !
La bizzz

Agra et le Taj Mahal

Agra, la ville du Taj Mahal. Là, c’est un de moments très attendu de tout voyage en Inde, quoi qu’on en dise. Le Taj, c’est mythique ! A peine arrivé dans le quartier du Taj, je distingue quelque blanches coupoles et suis presque déçu d’avoir le mythe déjà en partie dévoilé. Je baisse la tête pour ne pas en voir d’avantage, et je suis surpris qu’il soit aussi proche des habitations. J’arrive à mon hotel. Après une bonne négociation de tarif de chambre, je monte dare-dare sur le roof-top et là je me prends un coup sur le crâne. Le Taj.... Wouhaaaaaouuuuhhh !


C’est trop beau ! Et trop blanc aussi ! Mes yeux sont éblouis par tant d’immaculé ! Je file tout droit vers une autre guest-house supposée avoir la meilleure vue sur le Taj. C’est vrai, c’est mieux que de mon hotel, mais c’est aussi plus touristique.




Un serveur prend ma commande. Et je fais la connaissance d’Australiens, encore ? De Melbourne, encore ?!! Ils sont partout !
Gary et Tahlia sont père et fille (une petite cinquataine et une ado de 15ans) et sont venus en Inde pour assister à un mariage à Chennai (Madras). Il leur restait ensuite 3 semaines à vadrouiller dans le pays. Agra est leur avant dernière destination. Ils sont a-do-rables et j’ai énormément apprécié leur compagnie pendant ces deux jours à Agra. Je les reverrai en Australie, pour sûr ! J’adore les Australiens, je n’ai eu que de très bonnes recontres jusqu’à présent.

Le lendemain, nous prévoyons avec G&T d’aller visiter le Taj, chacun à notre façon. En effet je refuse de payer 750 roupies pour avoir le privilège de rentrer dans l’enceinte du Taj, alors que les Indiens ne payent que 20 roupies (75 contre 2 francs). Il faut en plus ajouter 25 roupies par appareil photo et l’entrée s’apparente à un contrôle aussi minitieux et rigoureux que ridicule. Le Taj est sur-protégé et ils ont peur d’un attentat à la bombe. C’est vrai que j’en planque une dans mon sac. Donc, par principe, je ne rentrerai pas dans le Taj. Mais je crois que ça en vaut vraiment le coup, si vous n’avez pas ces manières !

Moi, je vais me faire ça... « à la routarde ». Je me suis pourtant levé tôt pour accompagner G&T au guichet à la porte Est du Taj. Nous sommes heureusement les premiers (vu l’heure indécente de matinalerie !) mais très très vite nous sommes rejoint par ces groupes entiers de touristes ! Des espagnols, des cars de japs, des anglais... C’en est trop pour moi, on se donne rdv pour le petit déjeuner à leur guest-house et je m’eclipse dans la file d’attente en constante croissance. Et il fait froid, mon dieu !

Je marche vite pour me réchauffer. J’ai pourtant ma polaire, pantalon et grosses chaussettes, ma tête emmitouflée dans mon foulard, mais il fait toujours aussi froid. Je longe vers le nord l’enceinte rouge du Taj en son côté est et atteint bientôt la rivière. Il fait encore très noir. J’arrive sur les Ghats (escaliers ou grandes marches qui descendent dans l’eau et où les indiens font leurs toilettes ou lessives et ou viennent se purifier quand il s’agit du Gange, le fleuve sacré) et je trouve pourtant des hommes qui attendent ici. Ah bah oui, il y a forcément les militaires, au cas où je serais venu planquer une tête nucléaire dans la rivière, et il y a un autre homme qui est arrivé en même temps que moi et fait sa gym sur les ghats ! Il a bien raison, je me les gèle ! J’ai l’impression de revivre un dérouillage scout par procuration ! Brrrrr !

Je suis venu ici car kiwi-Michelle m’a appris que l’on pouvait aller sur la rivière et de l’autre côté sur les berges pour voir le Taj au lever du soleil pour pas cher. Je suis un peu inquiet. Il y a bien une barque mais point d’homme pour la pousser. La claté de l’aube pointe et des touristes anglais arrivent. Ok, je crois que je suis bien au bon endroit et que je ne vais pas être tout seul. Notre homme-de-la-barque arrive en petit T-shirt léger, jean et tongs, sans oublier l’écharpe enturbannée. Il est malade. Il fait doit faire -15 là.

Un petit vent humide rend l’air méchamment glaçant. Nous embarquons à 15 sur la barque-avec-de-l’eau-au-fond. C’est moitié rassurés et les fesses déjà sales que nous glissons sur la brume au dessus du lac. Selon les mouvements de l’air, notre regard est tantôt totalement noyé dans un épais brouillard, tantôt capable de distinguer les formes majestueuses du Taj. C’est un moment très poétique.




« Terre, terre » ai-je plaisanté en anglais pour dérider un peu ces fades british. Il va falloir que j’apprenne à plaisanter dans la langue de Shakespeare. Me suis pris un gros vent ! Glacial qui plus est ! Nous touchons donc terre, non pas sur l’autre rive, mais sur un vaste banc de terre sablonneuse. Nous voyons nettement le Taj qui sort de temps à autre de cette purée de pois. Ce cache-cache fantômatique donne à la scène un aspect totalement surréaliste, mais tellement mythique et plein de poésie. L’astre céleste s’annonce alors de sa grosse boule rougeôyante au travers des arbres et illumine dans un délicat clair-obscur l’oeuvre monumentale dédiée à l’amour. C’est fabuleux ! Le brouillard se dissipe bientôt totalement laissant apparaître le reste des fumerolles qui s’échappent de la rivière. Les couleurs pastels se succèdent sur le marbre blanc et nous admirons le reflet du palais à la surface de l’eau. Grandiose ! Je ne peux pas dire le nombre de photos que j’ai prises.






De retour de l’autre côté, le puller demande son dû : 100 roupies par tête. C’est un peu plus cher que ce à quoi je m’attendais, mais tellement moins que le tarif normal ! C’est vraiment quelque chose à faire ! Des singes et des corbeaux sont venus manger les bouts de pain mis en offrance par des hommes sur les ghats.

Un des gardes militaire me fait signe de m’approcher et me désigne le Taj. Il m’explique que c’est le seul moment de la journée où nous pouvons voir les pierres précieuses incrustées dans le marbre briller et scintiller grâce au soleil. C’est aussi très beau !

L’après-midi, nous allons au ‘Agra-Fort’ avec G&T, mais j’ai une petite over-dose de monuments, et puis, que faire passer après le Taj ?! Je ne considère donc pas ce fort rouge et colossal à a juste valeur.



Je me promène à ses pieds et prends quelques clichés inédits du Taj, qui sous cet angle-ci fait plutôt penser à une gigantesque mosquée !


Je suis bien triste de quitter ma petite famille australienne d’adoption. Nous nous reverrons au pays, sans aucun doute ! Je pars pour Varanasi, la ville berceau de l’humanité traversée par le fleuve sacré.


autres photos :


les bords de la riviere... peut etre un avant gout du Gange ?


une vendeuse de papad, petits pains-crackers, pres du Taj.