J'ai débarqué à 6h du mat' à l'aéroport de Punta Arenas. Forcément, le service de bus pas cher était endormi, et il n'y avait que des taxis collectifs. Bon, pour 3000 pesos (1€=800 pesos chilien), je n'allais pas faire mon difficile ! Le taxi se trainait sur la route, c'était pénible ! J'ai compris tout seul par la suite que c'était parce qu'il y avait de la glace un peu partout !! Alors j'ai excusé le chauffeur a posteriori !
Des échanges de "Buena" dans ce mini-bus ont rythmé les seules conversations de cette glaciale matinée. Oui, ici au Chili, ils ne prononcent pas les "s" en fin de mot, et très peu les autres ! C'est assez marrant ! Aussi, pour le son "c" ou "z" qui est l'équivalent sonore du "th" anglais, ils le prononcent comme un "s" normal ! Comptez en plus la légendaire rapidité du phrasé espagnol, et vous avez un Vincent qui ne capte rien à ce qu'on lui raconte, et est complètement perdu entre l'anglais qui a été sa langue officielle pendant près de 7 mois, et sa langue maternelle qui fait des intrusions aussi désespérées que drôles dans son discours...!!!
C'était vraiment difficile de jongler avec les trois langues, et surtout de m'exprimer en espagnol moi qui ne connaissait pas la langue...Heureusement, les Chiliens se sont mis à apprendre l'anglais, un peu forcé par la domination tyranique internationale de l'anglais. Note ultérieure : Et d'une manière générale, les Chiliens sont adorables et accueillent ces difficultés langagières avec un grand sourire, répètent et parlent très lentement pour que l'on puisse comprendre.
Le chauffeur a déposé les sept autres passagers selon le principe du porte-à-porte, et je me suis retrouvé seul avec lui dans la nuit noire australe... Nous étions un dimanche, ce qui renforçait le côté "ville fantôme" de Punta, avec le vent qui sifflait ou mugissait tant qu'il pouvait !
Il m'a trimballé d'hôtel en hôtel, d'auberge en auberge, mais personne ne répondait à la sonnette, ni même au téléphone, qu'il avait eu la gentillesse d'utiliser pour moi, sans que je ne lui demande rien !
"Hum, tiens, les Chiliens ont l'air un peu rudes, comme le climat, mais bien charmants finalement" !
Au bout d'un moment, après avoir bien quadrillé la ville, fait la course avec des chiens errants ("Eh merde, encore EUX !!), appelé à droite à gauche, j'ai fini par me laisser choir hors du taxi avec mon sac, un peu dépité ! Le chauffeur a tenu à me donner un reçu, comme pour certifier que j'étais bien en règle, mais j'ai préféré sa chaude poignée de mains pour me ravigoter et me donner du courage pour la suite...
"Tin, c'est quand même dingue ça, il est 8h du mat', il fait toujours nuit noire, mais surtout ya personne dans les rues et personne qui ne répond dans les hôtels... C'est quoi cette ville morte ?!!!"
Ahh, quand même, le premier interphone que j'affronte seul me répond d'une voix endormie et surtout espagnole... Je bredouille tout ce que je peux mais je comprends aussi que le prix est bien trop cher pour moi : 25000 pesos, pas moins de 30€ (apparemment ptit déj inclus), c'est le budget quotidien que je me suis fixé au Chili !! Ca va pas le faire...
Le 2ème hôtel pratique les même prix. Je passe mon chemin et m'excuse pour le dérangement : le Chilien a le sommeil lourd et aime dormir longtemps !
Quelques mètres plus loin, encore un hôtel : va falloir que j'arrête avec les hôtels moi, c'est définitivement pas dans mes tarifs ici au Chili. Il faut que tu penses "auberge de jeunesse" me dis-je ! Qu'importe, je passe devant, je sonne... Un homme avec un bonnet et une tête d'endormi m'ouvre la porte ! Carrément ! Ouahh, je suis passé à l'étape supérieure ! En plus, il a des dortoirs ; en plus, il a des lits de libres ; en plus, il parle anglais ; en plus l'internet est gratuit ! Le prix ? 7000 pesos !!! Ohhhh mille merci Hombre, tu me sauves ma vie ! Là je suis au paradis !
En fait, cet hôtel est une ancienne maison coloniale un peu restaurée et tenue par un couple de Chiliens. Ils vivent dans une partie de la maison et le reste a été converti en hôtel.
Le mari me permet d'aller me coucher direct même si j'arrive 3h avant le check-in/out time ! Trop sympa, j'ai vraiment de la chance d'être tombé ici, je m'effrondre de fatigue sur mon lit, entre quelques ronflements des deux autres occupants du dortoir de...4 personnes : à ce niveau-là, c'est presque de la chambre privative pour moi, habitué aux dortoirs allant de 8 à 24 lits !!!
J'ai vraiment du mal à me remettre de ce jetlag, et je dors comme une masse la journée et suis frais comme un gardon la nuit... Et internet à volonté n'aide pas !
Je rencontre le premier jour un français qui fait aussi un tour du monde. Eric, marin dans l'âme, et salarié chez Peugeot pendant de nombreuses années, a pris une année sympathique pour voyager. Il est très sympathique, lui aussi, et nous discutaillons pendant cette soirée. Il s'en va demain pour Ushuaïa avec une amie voyageuse hollandaise. Il m'apprend que la vie au Chili est pas mal chère, surtout ici dans cette région ultra touristique : exemple : aller en bateau à Ushuaïa coûte 400 dollars américains, alors que c'est 10 fois moins cher de prendre le bus... Ouhlà, je vais exploser mon budget moi avec des prix pareils !
Puis je me retrouve seul le jour suivant, au sens propre, car nous sommes en plein dans la saison creuse ici. Mais un soir, je fais la connaissance d'Alessandro, un italien d'une quarantaine d'année qui voyage lui aussi seul. Il parle espagnol, anglais et même français à un très bon niveau dans chacune de ces langues. C'est impressionnant ! Il a voyagé le monde, a vécu un peu partout, est très intéressant, parle souvent trop et trop souvent, mais c'est un italien que voulez-vous !!! Il est très généreux d'autre part, et très naturellement, nous allons nous lier d'amitié et faire la route ensemble pour le terrrrible et mythique trek Torres del Paine !!!
Nous prenons un bus le lendemain direction une centaine de km au nord pour Puerto Natales, la ville base de départ pour aller au parc national Torres del Paine, ou bien à El Calafate en Argentine pour voir son phénoménal glacier Perito Moreno. Ville aussi appelée par les locaux "Muerto Natales", car ne présentant aucun intérêt autre que ceux susdits !
Le vent, qui m'a pas mal privé de mon sommeil cette nuit, recommence à faire une démonstration de sa force : le car (tout confort) fait des embardées sur la route, qui est heureusement désertique, car après 5-10 minutes en dehors de la ville, on ne croise plus personne ! Le chauffeur d'ailleurs roule au milieu de la route, comme pour se donner une marge de manoeuvre pour corriger la trajectoire trop influencée par le vent. Mais il se permet de parler avec le personnel de bord, ce qui fait qu'il regarde plus souvent ses collègues de travail que la route... Ouuuhh, pas rassurant tout ça !
La route nous offre des paysages saisissants :
J'avais entendu parler de la désolation des paysages patagoniens, désolation que je qualifierai maintenant de sublime, tant ces immensités désertes de toute habitation humaine sont d'une beauté à couper le souffle, mais pas le souffle du vent !
Partout ça et là, des étendues d'eau, de la petite marre au grand lac, sont ridées et blanchies par la force du vent.
Les arbres paraissent tous plus ou moins morts et sont couverts de lichen vert pâle. On a l'impression qu'ils sont barbus !
L'arrivée à Muerto Natales ne m'apparu pas si morte que ça, bien moins en tous cas que ne le fut mon arrivée à Punta Arenas. Nous investissons une chambre double avec salle de bains partagée à l'étage, mais l'auberge est tellement vide que nous serons les seuls à l'utiliser. Il fait chaud, l'intérieur est cosy, propre, le vent se fait toujours entendre en s'accrochant les pédales sur le toit de l'édifice, et il fait un temps magnifique !!! Qui a dit que l'hiver patagonien était rude ?
Le soir tombe très vite et le premier couché de soleil auquel j'assiste est de toute beauté.