lundi 2 février 2009

Jaisalmer, la reine du desert.


J’aurais été un peu déçu par Jaisalmer. L’image que j’en avais était bien plus magique et imaginaire que la réalité.
Un peu sur le même principe que Jodhpur, la ville s’étend autour d’un fort dont l’enceinte renferme une vielle ville et ses ruelles tortueuses, gavées d’échoppes à touristes.
Le fort est petit et beaucoup moins impressionnant que celui de Jodhpur.

La ville est petite, touristique, trop touristique. Les vendeurs de tout-et-n’importe-quoi sont partout, et je récite toujours le même refrain, las. « No, thanks ». Pourtant, on se sent bien dans cette magnifique petite ville aux abords du désert, ville où toutes les maisons sont faites en pierre brute ainsi que les fenêtres en pierre, finement ciselées.


Mais ce qui est troublant, c’est de ne pas pouvoir distinguer le « vrai » du « faux », le nouveau de l’ancien. Toutes les nouvelles maisons sont faites sur le même modèle que les anciennes, alors on ne sait plus trop là où il faut s’émerveiller...

Le palais à l’intérieur du fort est beau, il y a aussi des temples. Beaux eux aussi. Rien n’est peint ici comme c’est la plupart du temps le cas. Tout est brut. La pierre est nue. On sent le désert à plein nez. Le soleil déploie ses rayons dans un ciel plus que bleu et illumine ces pierres en leur donnant un aspect doré.






Nous partons faire un « camel safari » d’une demi journée dans le désert. Nous aurions voulu passer plusieurs nuits dans le désert, mais les prix commencaient à être trop élevés. Là, pour 350 roupies, soit 35 francs, une voiture vient nous chercher à notre hotel et nous emmène sur la route du désert. Dans la voiture, je fais la connaissance de Louis et Véronique, un couple de jeunes français, qui font eux aussi un tour du monde. Nous échangeons sur nos expériences respectives. Ils en sont déjà à leur neuvième mois de périple ! Que c’est sympa de rencontrer d’autres ‘tourdumondistes’ français ! Que c’est agréable de parler français ! J’aime le français !!
Nous nous arrêtons en route pour voir un temple et ses jardins. Il faut encore débourser quelques roupies. Je n’y vais pas, pour le principe. Le gars de l’agence nous avait bien certifié que tout était compris dans le prix.
Notre prochain stop nous fait découvrir un endroit magique : les puits ! Au milieu de ce paysage désertique (ce n’est pas encore véritablement le désert, mais plutôt une steppe arride), derrière une dune et quelques arbres, se trouvent les puits où les femmes viennent chercher de l’eau. C’est un festival de couleurs, de beauté et de grâce. C’est tout simplement mangifique !



Plus loin, encore une belle image. Un berger fait avancer ses bêtes sur la route au moyen d’un bâton. A quelle époque sommes-nous ?! C’est très beau.

Le prochain arrêt est le bon pour nous. Michelle et moi descendons de la voiture et avons notre premier contact avec les chameaux. Devrais-je dire « dromadaires » puisqu’ils n’ont qu’une bosse ! Mais l’anglais ne fait pas cette distinction.
Nous montons tous les deux sur la bête, la selle pouvant acceuillir deux personnes. Je me mets à l’avant comme ça je suis le pilote ! Les renes sont, non pas comme pour les cheveaux reliés à un mors dans la bouche, mais directement attachées à un espèce de piercing géant qui traverse le nez du pauvre animal ! Mais qu’importe, ils n’ont pas l’air de s’en plaindre et ont une attitude assiez altière ! Je m’enturbanne de mon étoffe blanche et tel un Lawrence of Arabia, avec ma belle effarouchée qui se cramponne à moi, nous nous engageons dans le désert pour une longue et chaude marche, dans l’espoir d’arriver au prochain caravansérail avant la tombée de la nuit... !


Un camel, ce n’est pas très beau, mais quelle grâce quand il se met à marcher ! D’en haut, l’effet n’est pas si terrible que cela : ayant fait de l’équitation, c’est sensiblement la même chose, avec des mouvements plus amples. (Pour les Jean-Pierre qui me lisent, ça ressemble un peu à Figaro monté au pas : ça balance bien quoi ! Spéciale dédicace pour Ean-Pierre.)



Nous arrivons au bout d’une heure et demi de promenade à « Sam Dune », THE spot au début du véritable désert de sable où tous les tours operators de safaris envoient leurs clients pour assister au coucher du soleil. Nous retrouvons nos français qui avaient poursuivi leur route en voiture. On nous avait dit à l’agence « No foot-print on the floor, no tourists, desertic place ». Mais bien sûr... Le spectacle que j’ai sous les yeux est affligeant et grotesque : pas loin d’un millier de personnes se sont massées ici sur toutes les dunes alentours. Elles sont mitraillées de traces de pas, envahies par cette foule impressionnante de touristes, indiens à 99%. Il y a partout des types avec leur chameau qui nous assoment de propositions à pas cher pour faire un ptit bout de « camel-ride » sur les « sand-dunes ». Que c’est pénible. En plus ils ne lâchent pas la grappe facilement. C’est désespérant. Beaucoup de femmes et enfants se sont « déguisés » en habits traditionnels, avec force bijoux et bonne couche de maquillage. C’est affligeant d’inauthenticité. Et pour quelques roupies, celle-ci acceptera que vous preniez une photo, là, des tout petits enfants danseront pour vous sur le son bancal d’une viole manufacturée précairement par le papa... Sans compter tous les vendeurs à la sauvette qui proposent « cold-drinks », « biscuits » et autres encas au cas où vous auriez une fringalle pas possible. Normal, c’est vrai, on est dans le désert.... Bref, un défilé pathétique et harrassant de troubadours plus faux que nature, le tout noyé dans une marrée humaine insoupçonnée et surtout inattendue.

Le pire, c’est que le soleil se couche à l’endroit même où toutes les tentes, prévues pour ceux qui passent une ou plusieurs nuits dans le désert, sont parquées dans de véritables camps organisés. Très romantique pour un couché de soleil. Sans compter les nombreux pylônes électriques qui dressent leur détestable armature métallique un peu partout dans le paysage, les déchets qui traînent déjà, encore et toujours sur le sol, et ces indiens qui continuent de prendre la nature pour une poubelle géante. Révoltant. Je rumine ma colère et observe, glacial, au couché de soleil le plus aseptisé que je n’ai jamais vu. Je m’efforce de mettre à la place ces images magnifiques de couché de soleil dans ce désert africain du Namib. Aucune comparaison possible.

Je suis bien content de ne pas avoir payé plus pour cette m.....
Content aussi d’avoir monté un chameau, expérience amusante, qui ne vaut pas qu’on lui accorde plus de temps que quelques heures (sauf si on traverse le désert en caravane comme Lawrence ou d’autres !)
Content d’avoir pu enfin partager avec des Français !


quelques autres photos :


de tres belles babiolles a brocanter.


un magasin officiel pour se shooter la gueule... c pourtant formellement interdit en Inde


les attrapes touristes devant le fort


Toujours des maisons colorees.


Le Rajasthan, pays des turbans.

Jodhpur, la ville bleue

Le recit est a venir, pour une fois vous aurez les photos d'abord !
Et vous pouvez cliquer sur les photos pour les voir en grand.
Et aussi, soyez indugents pour toute les fote dortaugrapheu queue jeu fei deupui ledebu !


Voici le recit !

24, 25, 26 janvier : Jodhpur.

Changement radical d’atmosphère avec cette ville au nom mythique ! La ville bleue, comme on la surnomme, s’étend au pied d’un immense et impressionnant fort. Une deuxième enceinte courre en contrebas du fort et enferme la vieille ville, un véritable dédale de ruelles tortueuses bordées de maisons barriolées dans une dominante bleue. Malgré l’étroitesse des rues, l’autorickshaw se faufile entre les murs et canivaux, et moyennant quelques bons cahots qui nous secouent gentiment Michelle et moi, nous parvenons à notre guest-house, en ayant toutefois perdu toute orientation et tous repères ! Heureusement la maison possède un rooftop restaurant où nous ne manquons pas d’y grimper pour constater la vue... Et elle ne nous déçoit pas : le fort se dresse devant nous, imparable ! Quelle grandeur ! Et quel bleu partout dans la ville !

Nous remarquons une particularité architechturale dans les maisons. A tous les étages il existe de larges ouvertures dans le sol, toutes exactement situées au même endroit d’un étage à l’autre. Elles servent à donner de la lumière qui vient directement du rooftop et permettent aussi une bonne aération naturelle de la maison. C’est très intelligent et utile. Et ces ouvertures sont couvertes par de solides grilles qui servent alors de plancher et aucune place au sol n’est perdue.

Avec Michelle, nous décidons de nous rendre à pieds au fort, un peu d’exercice ne fait pas de mal, et cela nous évite d’avoir encore à marchander, chose fatiguante à la longue. Nous nous enfonçons donc, un peu au hasard, dans le labyrinthe charmant que nous proposent les jolies maisons bleues, avec pour seul guide la masse imposante du fort au loin à portée de nos yeux.

Nous croisons sur le chemin les habitants parmi lesquels les enfants sont toujours les plus accueillants et souriants. Mais trop souvent, bien trop souvent, ces mêmes adorables enfants réclament que l’on prenne une photo d’eux pour ensuite avoir une petite pièce... Du coup, je ne prends pas ces « photos-à-la-demande », c’est trop dénaturé. Je préfère capter un instant insouciant de vie quotidienne, la photo n’en est que plus belle. Mais c’est toujours un peu difficile car on a quand même toujours plus ou moins l’impression d’être voyeur et de photographier du bétail. Alors ce que je fais de temps en temps, quand les personnes voient bien mon intention de photographier, je leur demande la permission et leur montre ensuite le résultat, parfois pour leur joyeux étonnement, mais d’autres fois pour encore récolter la demande d’une petite pièce... Décidément, les indiens ont un sacré sens des affaires !

Notre chemin s’escarpe lentement et nous prenons de la hauteur. Le fort nous surplombe et le soleil aide à chauffer nos muscles endormis. Bientôt nous enjambons de grandes marches faites de grosses pierres et celles-ci nous conduisent directement à l’entrée du fort. Même d’ici, la vue est magnifique sur la ville.


Le fort est tout aussi impressionnant de l’intérieur. Il y a un tel travail de la pierre. Tout est finement ciselé, taillé, poncé et donne à l’ensemble une fière allure. C’est assez indéfinissable car le style est de moi inconnu mais c’est beau !






Il y a beaucoup de touristes indiens. Entre occidentaux et indiens, je ne sais pas lequel de ces groupes dévisage le plus l’autre. Nous, prenons des photos d’eux, toutes ces couleurs, ces turbans et saris exotisent notre champ de vision, mais eux, prennent également des photos de nous ! De manière plus ou moins délicate... Ce n’est pas toujours très agréable et cela donne à réfléchir sur ce même acte que nous faisons envers eux.

Ce petit jeu de la photographie se retrouve aussi au niveau du regard. Les indiens dévisagent les occidentaux de manière très persistante. C’en est presque gênant parfois. Du coup, même remise en question que pour la photgographie : est-ce que moi aussi le « blanc » je les dévisage à ce point ?

Peut-être...Sûrement même... Mais je crois à cette différence près que les Indiens le font comme un défi, gonflés d’orgueil ou de fierté, où très souvent, la fin de ce regard porté à l’occidental se termine par un rire moqueur d’une ostensibilité flagrante.

Nous poursuivons notre tour du fort en empruntant le large chemin de ronde et admirons la prodigieuse vue qui bée au delà des crenaux et des canons. Puis nos pas nous mènent à une autre sortie absolument désertée de touristes et nous pénétrons dans des quartiers populaires mais calmes où nous trouvons un contact chaleureux avec les habitants. Pas d’harcelements, pas de vendeurs agressifs, pas de touristes, mais des « vrais gens » qui nous saluent simplement alors que nous évoluons au milieu de leur quotidien dans la rue.

Que c’est agréable ! Je passe, et Michelle aussi, un excellent moment. Au détour d’une maison d’un bleu écarlate, des enfants jouent au criquet, nous barrant ainsi provisoirement le passage. Ils nous proposent spontannément de nous joindre à eux, ce que nous faisons avec plaisir ! Michelle passe la première et effectue son lancer, ce lancer si typique du cricket ou il faut faire des moulinets de l’arrière vers l’avant et finalement lacher la balle en étant complètement penché en avant. Le batteur frappe, la balle fuse, ricoche sur deux-trois murs et finalement atterrit dans une flaque encombrée de déchets : un des gamins la ramasse et me la colle directement dans la main : « Hum, charming ! » Qu’importe, j’improvise à mon tour un lancer avec un style bien débutant mais qui finalement portera ses fruits : ma balle sera trop difficile à frapper ! OUIII, l’équipe des blancs remporte la manche de justesse ! BRAVO !

C’était vraiment drôle et touchant et surtout réciproque. Tous les enfants et ado qui assistaient à la partie rigolaient de bon coeur et les adultes regardaient cela avec un oeil bienveillant et rieur. Nous poursuivons notre route, heureux d’avoir partagé ce moment très simple et authentique avec des Indiens.


Le lendemain, nous nous levons tôt pour aller au « Booking reservation office » pour prendre nos billets de train pour Jaisalmer. Un des inconvénients du train en Inde, c’est qu’il faut toujours s’y prendre à l’avance pour avoir une chance d’avoir une place. Il faut donc pratiquement toujours retourner à la gare le lendemain de son arrivée pour prendre son ticket pour repartir un ou deux jours après. C’est un peu fastidieux car du coup on passe beaucoup de temps dans les gares et ses looongues files d’attente. Files d’attente indiennes elles-aussi ! C’est-à-dire qu’on ne fait la queue en Inde, en « file indienne » comme in dit ici. Je ne sais pas d’où vient cette expression mais le mec qui l’a inventé ne s’est sans aucun doute jamais rendu en Inde : ici, faire la queue, c’est faire un tas ! On fait la queue sur les côtés, histoire de gratter au passage tous ces couyons d’étrangers, et on surtout, on se COLLE à la personne devant soi pour justement ne pas laisser une maigre chance de se faire doubler, et aussi j’imagine, tenter d’asphyxier deux-trois personnes au passage et ainsi gagner encore un peu plus de temps... ! Cette description n’est pas exagérée !

Nous avons de la chance car il n’y a personne. Cela fait un bout de temps que je remarque que les Indiens ne se lèvent pas tôt. En Afrique à 6h du mat’ ils sont tous sur le pied de guerre, ici les échoppes et même les marchés ouvrent timidement leur rideaux à partir de 9h30 10h00... Très étonnant.


Une fois notre billet en poche et après un contact toujours glacial et méprisant avec ces bureaucrates indiens (parfois je regrette presque nos gentils fonctionnaires !), nous nous dirigeons vers « Clock Tower » et son marché qui satellitte autour d’elle et dans les rues avoisinantes. Il n’y a donc encore pas grand monde et nous assistons à l’éveil de ce monde à part. C’est magique !


Ici des enfants en uniforme blanc et rouge qui vont à l’école, là des conducteurs d’autorickshaws en train de deviser avant les premiers clients dans la brise matinale, un verre de « chai » (prononcer tchaï) à la main [ le chai est un thé sucré assez épais mélangé avec du lait et du caramel : c’est ultra bon !], là encore c’est une petite vieille qui installe ses 3 régiments de bananes sur une toile de jutte à même le sol.... Nous sommes conquis !

Sans oublier les vaches, omniprésentes.





L'imposant fort de Jodhpur, avec son temple a l'interieur.


Scenes de la vie quotidienne pres du marche, le Bazaar en Inde.



En allant a Clock Tower et la place du Marche, un magnifique elephant faisant sa place au milieu du traffic !