Le seul train que j’ai trouvé part à minuit... Malin, ça me fait arriver en pleine nuit et bon courage pour trouver un trou où poser ses affaires et dormir un peu avant le lever du jour. Mysore est très proche de Bengalore mais les trains indiens ont parfois des mystères insondables et nous devons quand même mettre 5h pour y arriver. J’avais réservé une place en classe ‘sleeper’, comptant quand même dormir un peu pendant le trajet.
Mais avant de dormir, il faudrait que le train arrive ! Belotte et re-belotte, encore du retard. 3heures à attendre dans le froid (j’ai mis ma polaire !) sur la passerelle pour guetter mon train, les informations étant très approximatives ce soir là de la part du personnel. Finalement le train arrive et les indiens déploient encore leur hystérie-de-la-place... Sont tarés... Le train roule encore et déjà ils catapultent leurs sacs dans le wagon et tentent d’y rentrer en courant après le train pour s’y aggriper, ou tout simplement en se jetant par les fênetres (mais à l’intérieur !) dans l’espoir de trouver une place... Il faut les voir !
Crânement assuré d’avoir une place numérotée attitrée, c’est d’un pas lent mais léger que j’évolue sur le quai à la recherche d’un wagon ‘sleeper’... « C’ui-là non, lui non plus, avant-dernier non et dernier : NON PLUS ? C’est quoi cette arnaque !! Ya que des secondes classes (dernière classe en Inde), et en plus pas des plus modernes ». Les indiens ont du estimer que pour un trajet aussi court que cela, on n’a pas besoin d’une couchette ! Encore un caprice bien de touriste... Je n’ai même dans l’idée d’aller faire une réclamation pour être remboursé. On est tellement loin de ça !
Je me dégote tout de même un coin tranquille dans le dernier wagon mais je suis vite colonisé par des locaux trop content de trouver d’un coup antant de place. Qu’à cela ne tienne, le petit blanc-bec ne va pas se laisser bouffer tout cru : une fois mon gros sac enchaîné à la banquette, je pousse mon petit sac près des fesses d’un jeune gars et je m’y repose la tête en m’allongeant de tout mon possible pour faire comprendre à tout le monde ma ferme intention de dormir et de ne pas partager plus que cela ma couchette de fortune. Il est 3h du mat’ et mon éveil ne demanderait pas mieux que de passe le relai à un bon sommeil réparateur.
Je suis toutefois allongé en chien de fusil car la banquette n’est guère longue et l’indien assis près de la fenêtre prends de la place ! Le voyage sera assez fatiguant, nous avons attendu une demi-heure avant de partir et le train s’arrêtera d’innombrables fois pour... on ne sait quelles raisons. Nous arriverons finalement à 8 heures passées et le côté positif de ce retard est que je n’ai pas à chercher une chambre dans le froid de la nuit !
Une fois installé dans un hôtel dont le standing était là encore au delà de toutes mes espérances (et pour un prix plus que raisonnable), je dormirais tout mon saoûl pour rattraper la plus que médiocre nuit passée chez l’IRCTC (la compagnie ferroviaire indienne).
Les lieux sont agréables dans cette petite ville. Tout est à proximité, la vie n’est pas chère du tout (7 Rs pour des jus de fruits frais pressés sous vos yeux alors que partout ailleurs cela coûte au moins 20 Rs, voire 40 dans un resto), et le tourisme semble plus indien qu’étranger et ne semble pas avoir affecté la ville : on y évolue tranquille !
Pourtant je remarque que c’est la première fois depuis que je suis dans le sud que je vois autant de blancs. Mais cela reste très correct.
Je prends mes petites habitudes au resto populaire du coin. Une chaleur là dedans ! Je cherche désespéremment un café internet dans cette ville où le Lonely Planet dit qu’il y en a tous les coins de rue (Heu, dis Lonely, ça fait combien de temps que t’es pas venu ici ?). Internet sera presque une priorité à cette étape car je me sens seul et ai besoin de soutien et de nouvelles de mon entourage.
Deux principales choses à voir ici : le marché, soit-disant le plus coloré de l’Inde, et le Palace, le célèbre palace de Mysore.
En effet le marché est une louange aux couleurs !
Non seulement on y trouve tout ce qu’on trouve partout ailleurs, mais on peut aussi y acheter des couleurs ! C’est pas indien ça comme possibilité ?! Moi je trouve le concept génial ! Acheter des couleurs
!
Toutes ces couleurs sont disposées en cylindre cônique sur les étals et il n’y a qu’à se ravir les yeux ! C’est très beau !
Je demande à un jeune indien, teneur d’un stand, si ces pigments sont naturels et à quoi servent ces couleurs ?! C’est pour se mettre sur le front, vous savez ce petit cercle –souvent rouge et dont j’ai oublié le nom – symbole indien par excellence ! Je ne savais qu’il y avait une telle gamme de couleurs. Et tout est 100% colorants chimiques ! Mais bon, ça fait son effet !
Le palais est (très) décevant. Malgré l’immense fierté dont la ville fait preuve à l’égard de son palais, on est encore sceptique devant la prise en charge si kitsch d’une telle originalité architecturale... Ils lui ont collé des ampoules partout ce qui, de nuit lui donne une allure folle à la manière d’un magasin Harrod’s en plein boom de Noël, mais de jour, lui confère un côté ‘toc’ totalement dépourvu d’une quelconque valeur historique.
L’entrée dans le palace coûte encore horriblement cher, pour ce que c’est, et comparé au tarif ridiculement bas que les Indiens ont à débourser... En plus, l’appareil photo est interdit dans le palais donc il faut retourner à l’entrée de l’enceinte pour l’y déposer à la consigne et payer encore quelques roupies. En outre, il faut aussi rentrer pieds-nus et laisser ses chaussures à un ‘vestiaire’ et payer encore. Alors là, certainement pas ! Marre d’être une vache à traire ! Je paye déjà suffisamment cher l’entrée. Bien évidemment, la ‘maison’ dispose d’un tapis roulant aux rayons X, comme dans les aéroports, pour voir si on ne transporte pas une bombe dans son sac ou encore un appareil photo qu’un petit malin pensait disséminer pour échapper à tout contrôle...
Après avoir argumenté pendant 10 minutes avec un militaire gentil et pas trop borné, je réussi à entrer dans le palais avec mes tongs coincées dans le filet de mon sac à dos et mon appareil photo gentiment rangé dedans ! Comme quoi, tout est vraiment possible ! Abusé !
L’intérieur revêt des aspects grandioses et c’est une succession de salles et de décors très chargés, sombres mais colorés et dorés, qui rythme notre parcours (un peu trop court) dans le palais – parcours parfaitement organisé, maîtrisé et surveillé par toute une kyrielle de gardes armés.
Mouais, ça casse pas des briques, je suis déçu et surtout encore énervé par toute cette histoire d’ « entrance fee »... Mais ça va continuer... ! Le ticket nous ouvre également les portes d’un musée mais une fois devant ses portes, toujours dans l’enceinte du palace, il faut repasser à la caisse et payer à nouveau un somme assez importante pour pouvoir rentrer. J’engueule les gars du guichet et les gardes armés, je trouve ça scandaleux et tourne sèchement les talons pour sortir définitivement de cet engrenage vicieux où tout est bon pour assècher le touriste de son fric...
Je me rends compte que mon comportement ressemble de plus en plus à ce que je tiens en horreur : le touriste hargneux qui se croit au dessus de tout le monde et croit pouvoir faire ce qu’il veut... Ouhlàlà... Mais bon, au bout d’un moment, y’en a marre de n’être considéré que comme une machine à sous où chaque tirage est gagnant, tout comme être pris pour un con, avec sans cesse des informations contradictoires pour semer la confusion et au final noyer le poisson. Moi je dis NON ! Je refuse de jouer à ce jeu là et tant pis si cela doit me coûter quelques statues, temples ou tableaux... !
Tiens, j’ai reçu un mail des mes potes français rencontrés à Jaisalmer pendant le ‘camel-safari’. Ils me disent qu’ils sont dans le Kerala (état qui borde la côte de la mer d’Arabie sur des centaines de km, depuis l’extrême sud du continent), et devraient être à Alleppey d’ici 2 jours. Le Kerala et les backwaters, ahhhh, je rêve de ça.. ! Ok, ça tombe bien, je voulais bouger, toujours sans savoir où aller ; là j’ai un lieu, une date et un RdV, c’est parfait, je fonce !
1 commentaire:
Merci de continuer à nous abreuver de tes impressions bien écrites où l'on se sent à tes côtés en train de visiter ... Le coup de vente des couleurs est un super top marketing. Je m'étonne que cela n'eiste pas en France !
J'ai failli aller à Bengalore pour une visite d'une usine d'ITC mais cela n'a pas marché au dernier moment. Je le regrette d'autant plus maintenant
Dad
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