lundi 29 juin 2009

Torres del Paine IV et fin !

La veille, j'avais quasiment vidé un tube de Voltarène pour soulager la douleur, usé pas mal d'Arnica aussi, et fait beaucoup de streching. Le gong du troisième jour sonnât, nous commencions tout juste à marcher, et là, Ô surprise : mes jambes ne me faisaient plus mal du tout !!! Les massages, strechings et le début d'endurance musculaire avaient porté leurs fruits ! Du coup, j'étais comme un fou : je gambadait un peu partout, faisait des sauts de cabris, et Alessandro, dans un élan paternaliste, me suggèrait de faire tout de même attention !

Nous marchons vite sur cette portion de trek et arrivons après la traversée "périlleuse" d'un pont suspendu - mon premier - au "campamento italiano", campement qui signe le début d'une autre vallée, "valle del frances", la vallée du français ! Cette vallée promet d'être SOMPTUEUSE, of course !!!

Et elle le fut ! Encore un glacier, plus petit mais dont nous avions une meilleure vue car plus proches, une diversité de paysages, des ruisseaux, des cascades, de vrais arbres pas morts ! bref, une vallée qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à un ptit coin d'Alpes françaises, d'ou peut-être son nom, qu'elle portait si bien !

Les paquets de neige sur la montagne, prémisses impressionnants d'un glacier en contre-bas.


Derrière nous, le regard se perd dans une immensité montagneuse alpine.

Pour la postérité !!


Nous rebroussons chemin et n'allons pas au fond de cette vallée, non pas à cause de mes jambes cette fois-ci, mais par manque de temps : le prochain refuge est encore à quelques heures de marche en dehors de cette vallée.

Le temps est magnifique et c'est en T-Shirt que nous continuons notre progression !
Nous arrivons sans encombre au refuge "Los Cuernos" qui remplit enfin, à notre grande joie, toutes les caractéristiques d'un refuge de montagne : mur en bois, gros poêle pour se chauffer, dortoirs avec des lits superposés, de parfois 3 étages !!! Et un bon accueil des maîtres des lieux : un vrai bonheur !

L'étape du lendemain doit nous mener dans la troisième et dernière vallée, la fameuse vallée qui recueille en son sein les fameuses et prestigieuses "Torres". Il faut prévoir 5h de marche pour arriver au refuge (fermé) du "Chileno", où nous prévoyons de passer le reste de la journée et la nuit. Les paysages de rêve se succèdent.


Et les nuages ont cette forme si caractéristique, signe d'un vent toujours aussi fort !

Arrivés à une intersection, Alessandro et moi choisissons chacun notre chemin en se disant "à tout à l'heure" ! Nous étions à des lieues de nous douter de ce qui allait se passer. Il s'avéra que j'avais pris une espèce de raccourci, qui me mena à un passage délicat car complètement marécageux (j'y ai mouillé les chaussures, un bon moyen de mettre à l'épreuve le gore-tex!!) tandis qu'Alessandro suivait fidèlement le chemin classique.

Mais plus loin, alors que je l'attendais sur un pic rocheux en proie aux souffleries éoliennes et surplombant la vallée et le chemin de randonnée, je finis par le voir tout au loin, avancer de sa taille microscopique dans cette nature somptueuse. Malheureusement il se trompât et manquât le chemin pour me rejoindre : il descendait directement vers un autre refuge-hôtel, en bas de la vallée, se rajoutant au bas mot 1 à 2 heures de marche en plus.... Mes hurlements et sifflets se perdaient dans le vent.

C'est finalement au refuge "El Chileno", dans la dernière vallée du W que nous nous retrouvâmes, heureux de retrouver une chaleur humaine dans ce froid presque polaire !
Nous redoutions une fois de plus la nuit pour son vent délirant et le froid...

L'histoire s'avéra toute autre ! Pas un floppement de tente, pas un frémissement de branche d'arbre, la nuit fut d'un calme olympien, même s'il fît froid. La surprise fut totale au moment de sortir de la tente. Nous avions mis notre réveil à 6h du matin, pour avoir le temps de monter au mirador pour voir le lever de soleil sur les Tours, notre raison de marcher depuis maintenant 4 jours. C'est donc dans l'obscurité que nous découvrîmes les yeux plein de stupeur, notre camp de base envahi par une fine mais persistante couche de neige. Tout était blanc, enfin gris dans cette pénombre pré-aurorale !

Malgré la beauté du spectacle, nous avons déchantés, surtout moi, rapidement... Neige au sol, neige tombant sans discontinuer, ciel chargé... Tout cela laissait augurer un mauvais présage quand à notre ascencion finale aux Tours. Alessandro était plutôt confiant, et a d'ailleurs tenté un début de chemin, alors que je attendrais sagement son retour dans la tente !

Mais le voilà revenu quelques minutes après... Opération "Torres del Paine" abortée...Quelle tristesse, après tous ces efforts, ces longues heures de marche, le trek s'arrête là, au pied des Tours, imposantes de leur masse granitique, que l'on aperçoit furtivement en coup de vent dans les nuages et la neige.
Il faut renoncer, nous pensons aux trekkeurs rencontrés la veille et qui eux, avaient décidé d'aller dormir là-haut, au campement le plus proche du mirador... Leur tente doit être un igloo après cette nuit et eux, des glaçons !

Allez hop, un petit coup de lait chaud pour se mettre en condition de redescendre, Alessandro se gèle les mains à faire la vaisselle dans l'eau du torrent - le fou ! et nous voilà partis pour l'ultime descente, l'ultime jour, l'ultime marche, où je me retournerais souvent, le coeur gros, pour voir la silhouette majestueuse et la tête toujours dans les nuages - et la neige - de ces montagnes insaisissables de Patagonie.

vendredi 26 juin 2009

Torres del Paine III

Très vite, j'ai commencé à avoir des douleurs au niveau des hanches. L'inhabitude de marcher, le poids du sac et le "vent contre" demandèrent trop d'efforts à mon corps encroûté et empâté après 2 mois d'inactivité australienne et néozélandaise...! Une pause salutaire au premier camping nous offrit un petit répit salvateur ! Impression de décoler une fois le sac enlevé, bilan des différentes douleurs musculaires ou autres, constation ef-fa-rée d'à quel point mes vêtements étaient trempés (même l'intérieur de ma parka), petit chocolat chaud en poudre avec le réchaud pour se remettre de ce premier tronçon, et tentative de récupérer une démarche et un équilibre normaux à l'abri de ce vent si "crazy"...

Quand il a fallu reprendre la marche, cela est devenu de moins en moins drôle pour moi (si tant est que ça l'était déjà avant) : les douleurs aux hanches/aducteurs reprennaient de plus belle, et chaque pas devenait une épreuve dès que le terrain montait ne serait-ce que subrepticement...

C'est vite devenu un calvaire pour moi, la douleur ne faisant que s'accentuer et le vent ne semblant pas vouloir nous laisser un instant de répit. Mon rythme de marche s'apparentait à celui d'un escargot, alors qu'Alessandro continuait toujours de fendre le vent avec allure !

Mais je n'avais pas le choix, la luminosité commençait déjà à faiblir, les nuages aidant, alors il fallait coûte que coûte continuer pour rejoindre ce maudit refuge...
C'est fou comme l'esprit peut avoir comme influence et contrôle sur le corps. Si je m'étais écouté en temps normal, petite nature que je suis, j'aurais abandonné tout de suite ! Si j'avais eu le choix, je me serais arrêté pas bien longtemps après le début... Mais là, impossible ! Pas de caravane bienveillante derrière pour changer la roue de secours, pas de porteurs pour alléger le fardeau, pas de cadeau de la météo... Alors on se met en mode "survie", il y a quelque chose qui s'enclenche dans le cerveau et on se dépasse. Pour me donner du courage et affronter la douleur, j'ai souvent pensé à cette fille que j'avais vu dans un reportage à la télé, qui passait une épreuve de marche en montagne dans sa formation "hard-core" de parachutiste. Elle portait un sac de 30kg, devait marcher 30km, et avait une tendinite tout du long. "Juste une question de mental" disaient les instructeurs qui l'accompagnaient. Et elle avait tenu le coup !

Si elle l'a fait, moi, à mon niveau, je peux le faire !

Nous croisons deux françaises bien charmantes et papotons quelques secondes ("il est encore loin le refuge ? Vous avez mis combien de temps ? Et vous ?") qui reposent un tant soit peu mes jambes, et vite nous repartons, presqu'au pas de course car la nuit se fait de plus en plus oppressante. Je suis à bout de forces, ne sens même presque plus la douleur tellement j'ai mal et nous marchons vite, et ne pense qu'à une chose : le refuge.

Depuis déjà quelque temps, la platitude des plaines s'est fait remplacée par la gorge plus valloneuse d'une vallée et depuis peu, nous affrontons de vrais dénivelés. Soudain, à la fin d'une ascension, à mesure que le flanc de la montagne s'effaçait peu à peu pour nous déboucher la vue, un chalet fit son apparition, se dressant là, dans une pénombre plus que prononcée.
Mais ce chalet n'était pas le refuge, non, c'était juste la maison des gardes ! Le refuge, qui heureusement n'était qu'un peu plus caché, s'avéra être un véritable hôtel, une énorme bâtisse en béton, tout confort, avec une impressionnante capacité d'accueil... Bref, loin de l'image des refuges de montagne tout en pierre et bois, avec un bon feu de cheminée, et des dortoirs odorants !!! Mais qu'importe, je suis trop content d'arriver, c'est vraiment la délivrance !
Il nous reste encore à monter la tente (camper est bien moins cher qu'une chambre), car après il fera vraiment trop nuit. Je marche les jambes à moitié écartées, comme si j'avais passé des heures sur un cheval. Ouille aïe aïe : ça fait mal aussi quand on s'arrête !

Le vent, toujours bien présent, ne nous aidât pas pour monter notre tente dans les meilleures conditions, mais on s'en est sorti ! Les deux gardiens nous avaient permis d'utiliser la cuisine pour nous faire à manger (elle est pour toi celle-là Maman !) et j'ai passé le reste de la soirée à me masser avec du gel d'arnica et des pommades anti-inflamatoires, pour refaire une santé à ce corps défaillant !

La nuit fut terrible ! Le vent, le vent, le veeeeent !!! soufflait, criait, résonnait et surtout pliait notre tente en deux, à tel point que je la sentais parfois s'affaisser sur moi pendant les plus fortes rafales... Plus un Alessandro qui ronfle aussi fort qu'un lion rugit, et la nuit ne m'apporta pas le sommeil le plus récupérateur qui puisse !

Le lendemain est consacré à la vallée Grey, où le point d'orgue est le glacier du même nom qui la termine. Nous allons enfin commencer à proprement parler le fameux "W", le trek le plus connu car le plus emprunté dans ce parc. W, car il se compose de 3 vallées et a en effet sur la carte la forme d'un W.

L'ascension de presque 4h est dure, mes articulations au niveau des hanches me brûlent, bientôt aussi fort qu'hier. C'est vraiment étrange, je n'ai jamais eu ces douleurs là auparavant...
Le vent est aussi hallucinant qu'hier, mais moins continu toutefois. Nous longeons le lac Grey tout du long, et nous aperçevons nos premiers icebergs ! Tout bleus !

C'est magnifique !

Les montagnes dont nous arpentons les flancs ont leur sommet blanchis sous l'influence du vent et du froid, offrant en spectacle de véritables cathédrales de glace :


Le "mirador" nous offre un point de vue magnifique pour contempler le glacier.


Un champ de glace plus ou moins bleue, dépendant de la luminosité ambiante. Une vraie meringue naturelle, s'étendant presqu'à perte de vue, dans des paysages grandioses !


Le vent, toujours fidèle au poste, nous vend ses créatures nuageuses, en faisant preuve de beaucoup de talent :

Ceci n'est pas un chapeau !


Mais malheureusement nous n'irons pas jusqu'au bout, au "contact" avec le glacier, sur la plage de galets. J'abdique, cela fait une demi-heure que je voudrais m'arrêter mais il me faut toujours rattraper Alessandro qui est au diable bouilli. Nous faisons notre pause déjeuner-goûter et, en ayant quand même proposé à Alessandro de boucler le dernier km sans moi, nous décidons finalement de rebrousser chemin. Je suis encore à bout non pas de souffle ni de force, mais de douleur... Toujours ces hanches. Même sans sac à porter (restés au refuge-hôtel), la marche m'est rendu très difficile encore aujourd'hui, et je préfère économiser le peu qu'il me reste pour les jours suivants. On en est qu'au deuxième jour !
Qu'est-ce que le W va bien encore nous réserver ?

jeudi 25 juin 2009

Torres del Paine II

Après avoir checké la météo, notre équipement, loué du matos supplémentaire (tente, matelas, sur-pantalon thermique et gore-tex), fait un plein de bouffe pour nos 5 jours à venir, fait notre sac, fait nos adieux (!), nous partîmes nous coucher, un noeud au ventre mais une excitation bien présente !

Réveil matinal pour prendre une navette pour franchir les 70km qui nous séparent encore de l'entrée du parc. Déjà, le lever de soleil nous en met plein la vue :

Je n'ai jamais rien vu de tel. Il faut s'imaginer perdu au milieu des grandes plaines terminées par des montagnes aux sommets enneigés pour avoir une idée du caractère grandiose de ce lever de soleil. La journée promet d'être magnifique, mais plus nous avançons, plus le temps semble se couvrir.

Il fait enfin bien jour. Et soudain, stupeur : les montagnes de Torres del Paine font leur apparition ! C'est le parc, ça y est, nous y sommes bientôt !

On peut distinguer sur la photo, au milieu à droite de ces montagnes, les fameuses tours (torres en espagnol) granitiques qui ont donné le nom à ce parc.

Le vent est toujours là, et les nuages deviennent aussi menaçants que grandioses !


Puis arrive l'entrée du parc. Nous payons un tarif moitié prix par rapport à la période estivale. Venir en basse saison comporte ses risques mais aussi ses avantages ! Nous progressons avec le gros van Ford sur les pistes caillouteuses du parc. Le vent devient complètement dingue, tout comme les paysages. Les lacs se font littérallement soulever par la force du vent. C'est délirant ! Je n'ai jamais vu ça ! On peut facilement le voir sur cette photo, la grande traînée blanche en haut à droite de cet étang.


Nous entendons la météo locale en espagnol bien sûr. Je ne comprends pas grand chose mais à voir la tête d'Alessandro et les commentaires de notre chauffeur, je comprends qu'on est pas encore sortis d'affaire... Ils parlent de vents à 40 noeuds (marins), pouvant atteindre par rafales 50 à 55 noeuds... En gros, ça nous fait du 80 jusqu'à 120km/h.... Mama mia, j'ai peur, je veux rentrer à la maison !!! Mon coeur s'emballe de plus belle, tout comme les rafales qui viennent violemment projeter des gerbes de poussière graviollonneuse sur le pare-brise déjà bien étoilé et fissuré par d'anciennes batailles ! A chaque rafale, le chauffeur se baise l'index gauche et le place ensuite contre le pare-brise le temps de la rafale. "Taing, mais c'est pas possible ce vent !" Je commence vraiment à être nettement moins chaud pour ce trek. Oui, je crois bien que j'ai un peu sous-estimé le potentiel de la situation...

La route sinue dangereusement dans le parc entre toutes ces étendues d'eau, plus déchaînées les unes que les autres. Au détour d'un flanc de montagne, là c'est le délire : c'est un épais brouillard de vapeur d'eau que le vent soulève et fouette allégrement au dessus du lac, au pied des montagnes rocailleuses, qui, de leur grandeur et leur superbe, semblent sonner l'avertissement final : "Allez au diable, et fuyez pendant qu'il est encore temps. Torres del Paine n'est pas à votre portée. Vous ne nous aurez jamais. Wouahaa hahahaaaaaaa"! ! !


Je suis terrifié ! Mes joues me brûlent alors que le chauffeur pose encore son doigt sur le pare-brise, en espérant que ça va le faire tenir jusqu'au bout... Ohaïe aïe... Je me sens me déshabiller de mon courage aussi vite que le vent est fort ! Pas très téméraire le garçon !

Nous croisons des guanacos (des lamas) qui nous coupent la route et ça me permet d'oublier quelques secondes l'enfer qui gronde dehors.

Pffiouu, l'administration est en vue, un maigre répis avant de se jeter dans la gueule du loup pour de bon. Le chauffeur nous demande d'attendre avant de sortir de la voiture. Il sort d'abord, puis vient nous ouvrir, histoire de bien tenir la porte et qu'elle ne se fasse pas arrachée. Toujours plus rassurant !

Je mets les deux pieds dehors et me fait haper par le vent... Dingue ! Ma démarche ressemble à celle d'un ivrogne du samedi soir tant le vent me fait chanceler ! Et encore, je n'ai même pas mon gros sac sur le dos...Mon dieu, qu'est-ce que ça va être !

J'ai l'impression d'aller au charbon. Les gardes du parc à l'intérieur sont sympathiques, nous donnent quelques bons tuyaux (comment marcher avec son sac avec ce vent : bah, plié en deux ! permet aussi de se protéger les yeux et la tête de la pierraille qui vole !) et informations (temps de luminosité journalière, durée de notre premier tronçon pour le refuge), nous font signer le registre (il faut mettre son nom et son itinéraire approximatif, juste au cas où) et nous permette d'user "gratuitement" du tampon "Torres del Paine", comme pour pouvoir ultérieurement fièrement attester que "tu l'as fait ce trek" !!!

En tous cas, il n'y a pas foule dans le parc : seulement 2 anglais qui sont rentrés il y a déjà quelque jours. "Mais ils sont sortis entiers les mecs ou pas ?" Ca, l'histoire ne le dit pas, ni le registre d'ailleurs, qui semble entériner ainsi la mysticité dangereuse à laquelle je suis en proie à l'idée d'être un survivant perdu au mileu des montagnes de Torres del Paine.

Qu'est-ce que je peux avoir comme imagination quand je suis stressé ! Alessandro paraît bien flippé lui aussi, mais il garde l'affichage d'un franc et courageux sourire qui ne l'empêche pourtant pas de grapiller quelques minutes ici et là, comme pour retarder la terrible échéance du départ...

"Bon Alessandro, il est midi passé, il faudrait peut-être y aller, car on a 5bonnes heures de marche, et le soleil se couche dans 5 heures..."

Nous voilà partis, lancés (comme des escargots) à l'assaut du vent, et illustrant à merveille, mais pourtant bien malgré nous et notre volonté, la chanson "il était une bergère" avec ses fameux "3 pas en avant, 3 pas en arrièrheuuuu, 3 pas su'l'côté, 3 pas d'l'ot'côté".... Nous marchons et avançons tant bien que mal contre le vent. Les rafales nous stoppent littéralement et il faut redioubler d'énergie pour nous arracher à cette statique. Toutefois, je me figure que ce vent à tout de même un bénéfice secondaire : j'ai l'impression qu'il porte mon sac !

L'entrée du trek est enfin signalée et nous entamons un long chemin d'une dizaine de kilomètres dans une vaste plaine... si je puis préciser, balayée par les vents ! ! ! Je me souviens alors de l'appellation données à ces vents de l'hémisphère austral, en fonction des parallèles : les 30èmes Tempestants, les 40èmes Rugissants, les 50èmes Hurlants, les 60èmes Mugissants, et toute une fantasmagorie "éolienne" m'apparaît alors dans cet immense terrain de jeu où les éléments se déchaînent. Je me figure le Vent, dieu Eole, dont le visage se dessine sur les nuages aux allures folles, ouvrant grand sa gueule et poussant des cris terribles qui déferlent à toute allure sur la terre et ses pauvres petits pélerins, fêtus de paille, santons de porcelaine, plus fragiles que jamais, continuant coûte que coûte d'avancer, un pied après l'autre. Le vent tempeste, rugit, hurle, mugit...

Je suis déjà trempé au bout de quelques minutes, non pas par la fine pluie qui tombe horizontalement du haut de ces nuages vraiment menaçants, mais par ma transpiration qui est : 1/engendrée par un sac de 20 kg, un manque d'entraînement patent et fatal et une polaire... très efficace ! et 2/bloquée par ma parka Quechua censée être imperméable. Confirmation, elle est bien waterproof à 200% !!!

Cela fait à peine 30 minutes que nous marchons, j'ai déjà mal au dos, aux épaules, mon jean me fait mal au niveau de la ceinture, le sac frottant méchamment à cet endroit, je suis en même temps terrifié et subjugé par tant de vent et de beauté, nous sommes à nous-mêmes et aux éléments livrés, je baisse la tête et ne fais que marcher, marcher, marcher...

vendredi 19 juin 2009

La patagonie et le parc national Torres del Paine

Après avoir été complètement décalé horairement parlant en ayant atterri à Santiago 5h plus tôt que notre décollage à Auckland après pourtant 11h de vol, après donc n'avoir pas dormi pendant des heures, et après avoir attendu des heures mon avion pour le sud sud sud du Chili, j'ai finalement réussi à le faire : je suis arrivé à Punta Arenas (prononcer Pountaréna, en rrroulant les R bien sûr !), la ville la plus australe au monde, la plus au sud derrière Ushuaïa (mais celle-ci n'est qu'une petite ville et en Argentine en plus !). Alors il fallait compter avec le froid, le vent, le froid et le vent !!!! C'est incroyable comme ces terres australes sont balayées par le vent, un vent qui peut être extrêmement violent !

J'ai débarqué à 6h du mat' à l'aéroport de Punta Arenas. Forcément, le service de bus pas cher était endormi, et il n'y avait que des taxis collectifs. Bon, pour 3000 pesos (1€=800 pesos chilien), je n'allais pas faire mon difficile ! Le taxi se trainait sur la route, c'était pénible ! J'ai compris tout seul par la suite que c'était parce qu'il y avait de la glace un peu partout !! Alors j'ai excusé le chauffeur a posteriori !

Des échanges de "Buena" dans ce mini-bus ont rythmé les seules conversations de cette glaciale matinée. Oui, ici au Chili, ils ne prononcent pas les "s" en fin de mot, et très peu les autres ! C'est assez marrant ! Aussi, pour le son "c" ou "z" qui est l'équivalent sonore du "th" anglais, ils le prononcent comme un "s" normal ! Comptez en plus la légendaire rapidité du phrasé espagnol, et vous avez un Vincent qui ne capte rien à ce qu'on lui raconte, et est complètement perdu entre l'anglais qui a été sa langue officielle pendant près de 7 mois, et sa langue maternelle qui fait des intrusions aussi désespérées que drôles dans son discours...!!!

C'était vraiment difficile de jongler avec les trois langues, et surtout de m'exprimer en espagnol moi qui ne connaissait pas la langue...Heureusement, les Chiliens se sont mis à apprendre l'anglais, un peu forcé par la domination tyranique internationale de l'anglais. Note ultérieure : Et d'une manière générale, les Chiliens sont adorables et accueillent ces difficultés langagières avec un grand sourire, répètent et parlent très lentement pour que l'on puisse comprendre.

Le chauffeur a déposé les sept autres passagers selon le principe du porte-à-porte, et je me suis retrouvé seul avec lui dans la nuit noire australe... Nous étions un dimanche, ce qui renforçait le côté "ville fantôme" de Punta, avec le vent qui sifflait ou mugissait tant qu'il pouvait !

Il m'a trimballé d'hôtel en hôtel, d'auberge en auberge, mais personne ne répondait à la sonnette, ni même au téléphone, qu'il avait eu la gentillesse d'utiliser pour moi, sans que je ne lui demande rien !
"Hum, tiens, les Chiliens ont l'air un peu rudes, comme le climat, mais bien charmants finalement" !
Au bout d'un moment, après avoir bien quadrillé la ville, fait la course avec des chiens errants ("Eh merde, encore EUX !!), appelé à droite à gauche, j'ai fini par me laisser choir hors du taxi avec mon sac, un peu dépité ! Le chauffeur a tenu à me donner un reçu, comme pour certifier que j'étais bien en règle, mais j'ai préféré sa chaude poignée de mains pour me ravigoter et me donner du courage pour la suite...

"Tin, c'est quand même dingue ça, il est 8h du mat', il fait toujours nuit noire, mais surtout ya personne dans les rues et personne qui ne répond dans les hôtels... C'est quoi cette ville morte ?!!!"

Ahh, quand même, le premier interphone que j'affronte seul me répond d'une voix endormie et surtout espagnole... Je bredouille tout ce que je peux mais je comprends aussi que le prix est bien trop cher pour moi : 25000 pesos, pas moins de 30€ (apparemment ptit déj inclus), c'est le budget quotidien que je me suis fixé au Chili !! Ca va pas le faire...
Le 2ème hôtel pratique les même prix. Je passe mon chemin et m'excuse pour le dérangement : le Chilien a le sommeil lourd et aime dormir longtemps !

Quelques mètres plus loin, encore un hôtel : va falloir que j'arrête avec les hôtels moi, c'est définitivement pas dans mes tarifs ici au Chili. Il faut que tu penses "auberge de jeunesse" me dis-je ! Qu'importe, je passe devant, je sonne... Un homme avec un bonnet et une tête d'endormi m'ouvre la porte ! Carrément ! Ouahh, je suis passé à l'étape supérieure ! En plus, il a des dortoirs ; en plus, il a des lits de libres ; en plus, il parle anglais ; en plus l'internet est gratuit ! Le prix ? 7000 pesos !!! Ohhhh mille merci Hombre, tu me sauves ma vie ! Là je suis au paradis !

En fait, cet hôtel est une ancienne maison coloniale un peu restaurée et tenue par un couple de Chiliens. Ils vivent dans une partie de la maison et le reste a été converti en hôtel.
Le mari me permet d'aller me coucher direct même si j'arrive 3h avant le check-in/out time ! Trop sympa, j'ai vraiment de la chance d'être tombé ici, je m'effrondre de fatigue sur mon lit, entre quelques ronflements des deux autres occupants du dortoir de...4 personnes : à ce niveau-là, c'est presque de la chambre privative pour moi, habitué aux dortoirs allant de 8 à 24 lits !!!

J'ai vraiment du mal à me remettre de ce jetlag, et je dors comme une masse la journée et suis frais comme un gardon la nuit... Et internet à volonté n'aide pas !

Je rencontre le premier jour un français qui fait aussi un tour du monde. Eric, marin dans l'âme, et salarié chez Peugeot pendant de nombreuses années, a pris une année sympathique pour voyager. Il est très sympathique, lui aussi, et nous discutaillons pendant cette soirée. Il s'en va demain pour Ushuaïa avec une amie voyageuse hollandaise. Il m'apprend que la vie au Chili est pas mal chère, surtout ici dans cette région ultra touristique : exemple : aller en bateau à Ushuaïa coûte 400 dollars américains, alors que c'est 10 fois moins cher de prendre le bus... Ouhlà, je vais exploser mon budget moi avec des prix pareils !

Puis je me retrouve seul le jour suivant, au sens propre, car nous sommes en plein dans la saison creuse ici. Mais un soir, je fais la connaissance d'Alessandro, un italien d'une quarantaine d'année qui voyage lui aussi seul. Il parle espagnol, anglais et même français à un très bon niveau dans chacune de ces langues. C'est impressionnant ! Il a voyagé le monde, a vécu un peu partout, est très intéressant, parle souvent trop et trop souvent, mais c'est un italien que voulez-vous !!! Il est très généreux d'autre part, et très naturellement, nous allons nous lier d'amitié et faire la route ensemble pour le terrrrible et mythique trek Torres del Paine !!!

Nous prenons un bus le lendemain direction une centaine de km au nord pour Puerto Natales, la ville base de départ pour aller au parc national Torres del Paine, ou bien à El Calafate en Argentine pour voir son phénoménal glacier Perito Moreno. Ville aussi appelée par les locaux "Muerto Natales", car ne présentant aucun intérêt autre que ceux susdits !

Le vent, qui m'a pas mal privé de mon sommeil cette nuit, recommence à faire une démonstration de sa force : le car (tout confort) fait des embardées sur la route, qui est heureusement désertique, car après 5-10 minutes en dehors de la ville, on ne croise plus personne ! Le chauffeur d'ailleurs roule au milieu de la route, comme pour se donner une marge de manoeuvre pour corriger la trajectoire trop influencée par le vent. Mais il se permet de parler avec le personnel de bord, ce qui fait qu'il regarde plus souvent ses collègues de travail que la route... Ouuuhh, pas rassurant tout ça !

La route nous offre des paysages saisissants :

J'avais entendu parler de la désolation des paysages patagoniens, désolation que je qualifierai maintenant de sublime, tant ces immensités désertes de toute habitation humaine sont d'une beauté à couper le souffle, mais pas le souffle du vent !
Partout ça et là, des étendues d'eau, de la petite marre au grand lac, sont ridées et blanchies par la force du vent.



Les arbres paraissent tous plus ou moins morts et sont couverts de lichen vert pâle. On a l'impression qu'ils sont barbus !





L'arrivée à Muerto Natales ne m'apparu pas si morte que ça, bien moins en tous cas que ne le fut mon arrivée à Punta Arenas. Nous investissons une chambre double avec salle de bains partagée à l'étage, mais l'auberge est tellement vide que nous serons les seuls à l'utiliser. Il fait chaud, l'intérieur est cosy, propre, le vent se fait toujours entendre en s'accrochant les pédales sur le toit de l'édifice, et il fait un temps magnifique !!! Qui a dit que l'hiver patagonien était rude ?

Le soir tombe très vite et le premier couché de soleil auquel j'assiste est de toute beauté.

mercredi 10 juin 2009

NZ V

26 mai.
Cette journée fut l'une de mes meilleures : enfin, la NZ m'offrit ce qui était à la hauteur de mes attentes. Et bien plus encore ! Les images seront mes mots.
Lever de soleil aussi glacial que magnifique, bord de la mer de Tasman, sur une plage abritant un cimetière de bois morts et polis par la mer.







La remontée de la rivère Haast nous offrit de nombreux petits stops tels des points de vue dans la montagne, des cascades, des chemins dans la forêt primaire... Lassant à la fin tant de beauté !





Puis, en redescendant sur l'autre versant de la montagne, le paysage changeât soudain et nous entamions notre progression au milieu des grands lacs, Wanaka et Haewea. SOMPTUEUX !
Une chape de nuage retenait tout d'abord prisonniers ces magnifiques paysages, puis se dissipât peu à peu pour nous offrir un spectacle à couper le souffle... Un calme et un silence olympiens, une immensité sauvage à portée de regard, une sérénité grandiose... Quel moment !







Avant d'arriver à Wanaka, sur le bord de la route, nous avons été intrigué par une bizarre tour penchée et des toits aux formes originales et colorés. Il s'agit de "Puzzling World", un endroit qui propose toutes sortes d'illusions d'optique, de casse-têtes, et un grand labyrinthe en bois. L'entrée ne coutait vraiment pas cher (pour une fois en NZ !!) alors j'y suis allé ! C'était vraiment très marrant !


Le mur de visages : ici, Mère Teresa. Les visages sont creux, dans le mur, et non débordant à l'extérieur, comme on a l'impression ! Sur la photo, l'illusion est parfaite, en réalité, on l'illusion par instant.


Une chaise qui glisse vers le haut, comment est-ce possible ?





La chambre qui fait changer de taille !















Et la maison penchée !

J'étais comme un gosse là-dedans, j'ai vraiment trouvé ça trop marrant et ça m'a fait oublier un peu le Ricky (qui n'avait pas voulu le faire car "c'était trop cher").

mardi 9 juin 2009

NZ IV

La suite de notre road-trip se poursuit sur la côté Ouest et nous conduit aux fameux "pancake rocks" qui, comme leur nom l'indique bien, ressemble à un entassement de pancakes ! C'est bluffant, moi qui les avaient déjà pourtant vus en photos (hommage à toi Fred ;) !).
Au centre de cet amas rocheux, vous pouvez distinguer un voile légèrement ocre : à cet endroit, il y a un énorme trou d'une dizaine de mètres de hauteur. En anglais ils appellent ça "blow-hole", nous on l'habitude de les appeler "trou d'enfer". Par temps de grosse mer, l'eau en jallit comme un gros feu d'artifice. J'ai vu une carete postale de cela, c'est très impressionnant !


La route se poursuivit le long de la "West Coast", et nous finissons par arriver dans la région des glaciers. Nous passons une nuit au bord d'un lac avant d'aller voir les glaciers le lendemain. Le lever de soleil (ci-contre), jouant des reflets dans le lac, était magnifique, tout comme le coucher de soleil la veille, qui nous avait offert le meilleur pourpre qu'un ciel qui s'endort peut offrir.


Et voici Franz Joseph, le premier glacier sur notre route :
















Sur la première, on peut voir le glacier tout au fond de la vallée. On peut y marcher et l'approcher jusqu'à 60 mètres. Après, il faut partir avec guide et des crampons si vous voulez marcher sur un glacier !
Sur la route pour nous mener au parking juste avant le glacier, il y avait des pancartes qui indiquaient la position du glacier des années auparavant. La première que nous avons vu donnait la position du glacier en 1730. L'endroit d'où je prends la photo fut la position du glacier au début des années 1900. Ca fait "froid" dans le dos - mais ça fait très chaud pour le glacier...

Juste en dessous, sur la deuxième photo, vous pouvez distinguer tout à fait à droite, une petite forme jaune (vous pouvez cliquer sur la photo pour la voir en plus grand) : c'est une personne ! ça vous donne une idée de la dimension du glacier !

Et voici une vue plus générale, avec les beaux reflets bleutés de la glace.


Pour finir cette journée glaciaire, et non glaciale, nous sommes allés au lac Matheson, qui est le lac le plus photographié de NZ... Allez savoir pourquoi...!

La ballade pour y aller est somme toute, tout à fait médiocre. Le chemin était très boueux, le premier point de vue était inintéressant (on ne voyait que des arbres, car pas la même orientation que sur la photo), et ça commençait à devenir assez long pour notre fin de journée.
Mais arrivé au dernier point de vue, nous fûmes conquis !! Mais quelle platitude ! Quelle surface lisse ! Je n'ai jamais vu ça ! Pas une ride !Même notre bon vieux Léman en étant d'huile n'offre pas un tel spectacle ! Sur la droite, vous pouvez distinguer le Mont Cook, mont très connu de la NZ.

lundi 8 juin 2009

NZ III

Wellington aura été pour moi assez inintéressante, mais la traversée en ferry pour rejoindre l'île du Sud fut sensationnelle ! Elle dure 3h, et promet, selon les brochures, de vous livrer un des plus beaux panorama que la Nouvelle Zélande peut offrir.

Malheureusement, quand nous avons ouvert nos yeux, après avoir passé une nuit sur un parking de Wellington, il faisait tout gris, pleuvait à moitié, et l'horizon était carrément bouché.
"Zut zut flûte, hier il faisait un temps canon, c'est pas de chance."
Mais il ne faut pas désespérer, les habitants d'ici se targuent d'avoir un pays où vous pouvez vivre les 4 saisons en une seule journée !

La première partie de la traversée fut chaotique : mer déchaînée, pluie, vent, embruns... la sortie de la grande baie de Wellington ne nous offrit que de la purée de pois en guise de paysage. Puis, assez soudainement, la mer est devenue toute calme, les nuages se dissipèrent, et les côtes commencèrent à exhiber leurs formes verdoyantes. Malgré un froid "polaire", je suis resté la plupart du temps sur le pont supérieur qui venait de réouvrir. Je suis resté scotché par tant de beauté... Une impression (totalement justifiée !) de bout du monde, un sentiment de merveilleux isolement... Les images parlent d'elles-mêmes.



Voici l'itinéraire de la traversée entre les deux îles :


A l'entrée dans le fjord : de toute beauté !


La couleur de l'eau y était irréelle...



Premier arrêt dans l'île du Sud : Abel Tasman National Park, au nord ouest de l'île.
Sur la route, nous avons traversé le Marlborough, pays des vignobles,

et nous sommes arrêtés à Nelson, où nous avons fait grimpette pour contempler la NZ depuis son centre : je ne sais pas comment ils ont fait leurs calculs, mais c'est bel et bien le centre de la NZ ! Avec une belle vue sur la ville de Nelson, la mer et les montagnes, toujours !



Au parc d'Abel Tasman, nous avons opté pour une ballade de trois heures sur un chemin de randonnée qui longeait la côte. Le retour se fit en taxi-boat car nous n'avions pas assez de temps pour rentrer à pieds. La végétation y était étonnante et insoupçonnable : on se serait cru dans une forêt du jurassique (à cause des arbres fougères) !


Les paysages toujours empreints d'une sauvage sérénité, avec la mer et la montagne, incontournables.